1000 idées pour la Corse

1000 idées pour la Corse et pour le monde

Idée n°97 : débusquer le mensonge (le cas syrien)

with 6 comments

Voici donc un deuxième texte sur la Syrie, destiné à fournir des documents à l’appui de mes affirmations précédentes. Je ne pourrai pas tout donner d’un seul coup, ce sera donc un texte évolutif, où je traiterai les questions petit à petit. L’idée est de traiter chaque affirmation couramment présentée dans les médias, et d’évaluer si elles est vraie, fausse, probable ou invérifiable. A mesure que je traiterai de nouvelles questions, je ferai une mise à jour que je signalerai en première page du blog et sur la page Facebook.

Pour chaque question, je donnerai le nombre de sources suffisant à apporter la réponse, même si on trouve généralement beaucoup plus de documents. Notamment, je m’abstiendrai de donner les liens vers les vidéos les plus horribles, je ne pense pas que ce soit utile.

Affirmation n°1 : la contestation est restée longtemps pacifique. Ce n’est qu’à force de massacres de la part des forces syriennes qu’elle a fini par s’armer progressivement, contrainte et forcée.

Le monde a découvert que les rebelles pouvaient être incroyablement violents avec cette fameuse vidéo d’exécution à Alep, il y a quelques jours. On y voit une demi-douzaine d’hommes présentés comme des « Chabihas » être exécutés par les rebelles. Cette exécution constitue un crime de guerre, les médias n’ont pas pu le cacher. Le point sur lequel ils ne se sont pas attardés est l’extraordinaire folie qui s’empare de la foule tout entière. Une fusillade incroyablement longue et nourrie est déclenchée. On continue à tirer sur les cadavres longtemps après leur mort. Une barbarie sans nom.
Exécution à Alep le 31 juillet de plusieurs membres de la famille Berri

Pourtant, les médias, bien obligés de parler de ce crime, ont surtout insisté sur le fait que les victimes étaient supposées être d’un clan mafieux. Sans preuve, sans enquête. Mais il fallait absolument trouver des circonstances atténuantes aux assassins, et continuer à prétendre que les soutiens du gouvernement syrien ne peuvent être qu’intéressés et voleurs.

Mais même les lecteurs du Figaro ne sont plus dupes, ils dénoncent largement le parti-pris des médias dans leurs commentaires :
Article du figaro et commentaires
Autre article et commentaires

A l’évidence, les rebelles ne sont pas pacifiques. Mais depuis quand sont-ils devenus aussi brutaux ?
Si vous n’avez suivi les événements syriens que devant votre télé ou en lisant la presse, vous vous dites peut-être que
cette violence de la part des rebelles est un fait nouveau dans le conflit, qui ne fait que répondre à la violence du « régime ». Il est pourtant facile de trouver des documents attestant de violence meurtrière DE LA PART des rebelles CONTRE les policiers, les militaires et les civils syriens depuis plusieurs mois, et en fait quasiment depuis le début du soulèvement.

Des attentats-suicides fièrement filmés et diffusés :
Attentat suicide, juin 2012
Attentat suicide, juin 2012
Attentat suicide, mai 2012
Attentat suicide, mai 2012
Attentat suicide et tentative d’incriminer le gouvernement syrien, mai 2011

Résultat d’un attentat suicide, janvier 2012

Résultat d’un attentat suicide, décembre 2011

On remarquera d’ailleurs le changement de communication des rebelles : pendant un an, ils ont essayé de cacher leurs crimes, d’apparaître comme pacifiques : on a relativement peu d’images en provenance directe des assassins, on a surtout le résultat de leurs actions. A partir de mai 2012, ne pouvant plus cacher leurs exactions, ils se mettent à les revendiquer haut et fort et se filment largement à des fins de propagande guerrière.

Des exécutions de civils présentés comme chabihas (je ne mets ici que les moins violentes, vous en trouverez facilement d’autres), au moins depuis août 2011, il y a un an (attention, images dures) :
Des rebelles jettent des cadavres de prétendus chabihas dans une rivière, août 2011.
Une exécution d’un civil présenté comme chabiha, juillet 2012

On trouve facilement quelques autres vidéos de ce genre, dont certaines sont bien plus horribles.

Des pendaisons publiques, un policier, et un syrien qui avait eu le tort de dire la vérité aux observateurs de la ligue arabe (attention, images dures) :
Policier pendu en public, août 2011
Citoyen syrien pendu en public, février 2012

Des attaques de militaires…
Mitraillage de cars de l’armée, par une opposition encore pacifique en décembre 2011
Attaque d’un convoi à l’explosif et à l’arme à feu, juin 2012

Autre reportage montrant des hommes armés au milieu de foules désarmées, et 120 policiers syriens tués le 6 juin 2011. La vidéo est mise en ligne en octobre 2011, mais les images sont plus anciennes, difficile de dire précisément de quand elles datent pour les images de foule, juin 2011 pour celles des policiers.
Reportage de Russia Today, sans doute bien plus objectif que Le Monde ou Arte.

Et on a des dizaines de témoignages faisant état de violences depuis au moins avril 2011, c’est-à-dire dès les premières semaines de contestation. Notamment, des journalistes comme Silvia Cattori ou Michel Collon ont compilé des dizaines de témoignages de citoyens syriens, depuis le printemps 2011. Je vous recommande notamment la lecture de celui-ci, provenant d’une religieuse chrétienne vivant en Syrie, datant du 1er mai 2011 et relatant des faits qui se sont produits en avril 2011, c’est-à-dire dans les toutes premières semaines de la contestation. Extraits :

« Alix Van Burren, reporter vétéran de la Repubblica, le journal italien bien connu est à Damas et il a envoyé un rapport sur le rôle possible d’agitateurs à la solde de Khaddam à Banyas. Le dimanche deux personnes de l’entourage de l’ex-vice président ont été arrêtées. Des activistes des droits de l’homme ont confirmé qu’ils étaient en train de semer le trouble en distribuant de l’argent et des armes. » 

« Certains, dans notre village, ont été enrôlés pour se battre à côté de Al Qaeda en Iraq et ont été tués. Nous avons su que ce qu’on croyait être de simples ouvriers égyptiens, des résidents jordaniens ou libanais ou des réfugiés irakiens faisaient partie en réalité des cellules dormantes qui s’équipaient petit à petit pour un scénario de renversement du régime savamment élaboré entre diverses capitales et patronné par certaines grandes puissances et quelques pays arabes. Cependant, et c’est le comble, ces médias et leurs invités tournent en dérision toute nouvelle concernant l’implication de tierces personnes dans les évènements en Syrie et se hâtent de démentir les preuves apportées de l’implication active de régimes et de factions à l’arrière-fond des évènements en Syrie, avec la présence de mercenaires professionnels armés et équipés. » 

« Des mercenaires circulent un peu partout. Le cousin de notre tailleur de pierre allait au restaurant depuis une semaine. Une voiture sans immatriculation passe près de lui et l’abat à bout portant. Hier à Deir Atiyeh, village cossu à quatre kilomètres du nôtre, un groupe armé a tiré sur le restaurant le plus sélect et a endommagé plusieurs magasins. La présence de ces mercenaires a fait que nos jeunes des quartiers chrétiens de Homs, Rableh, Qusayr, Dmaineh, Jousseh, ont formé des comités populaires pour fermer l’entrée des ruelles et villages et s’assurer de l’identité de tout arrivant. Ils témoignent que les forces de sécurité elles-mêmes acceptent d’être fouillées. Nos jeunes de Homs ont poursuivi et attrapé des fauteurs de troubles, qui étaient des étrangers de nationalités irakienne, libanaise ou égyptienne, armés et arborant des téléphones portables type Thuraya (connectés par satellites). » 

« Les manifestants que nous avons vu déferler le jour des Rameaux ne sont pas de Homs. Ils nous demandaient comment se diriger dans les rues.[…] Les manifestants ont continué leur chemin, cassant des magasins, brûlant des pneus et molestant les passants. Ils proféraient des paroles vulgaires et insultantes. On a fait état de personnes assassinées, comme un général qui allait dans sa voiture faire des achats. On leur a tiré dessus à bout portant puis on les a coupé en morceaux pour causer la plus grande frayeur au public. Le même procédé a été utilisé par les salafistes à Nahr El Bared avec l’armée libanaise, où les soldats eurent les yeux crevés et les membres coupés. Durant leurs obsèques tout Homs était bouleversé et acclamait le Président. Mais les médias étrangers n’ont donné aucune importance à cet incident. Ils attribuent tout à des « coups montés » du régime. » 

« Le lendemain après-midi les manifestants sont revenus. Les services d’ordre ont remarqué qu’un immeuble en réfection était infiltré par des snipers. Ils ont entouré l’immeuble pour se saisir des snipers et ont demandé aux forains d’éteindre toute lumière. Quelques-uns des snipers qui cherchaient à fuir ont été touchés par les balles de nos soldats. Ils ont été transportés à l’hôpital militaire. Je connais le médecin en chef de cet hôpital, Dr. Kasser Finar. Le soir il était bouleversé en nous racontant que ces snipers étaient des syriens venus des villages reculés aux confins du désert. Ils étaient drogués au point de ricaner tout le temps et de n’avoir aucune sensation de souffrance. »

« Hier l’armée a mis la main sur une cache d’arme importante à Homs, dans la mosquée de Mreij à Bab El Sbah. Ce soir les manifestants se sont rassemblés autour de la place de l’horloge qu’ils ont nommée « place de la libération ». Nous les avons entendus vociférer sans arrêt durant la nuit des slogans effrayants : « Le front de Homs proclame le Jihad, habitants de Homs, au Jihad ! ». Mais personne de la ville n’a bougé. Vers 4 heures du matin nous avons entendu des salves d’armes à feu et le matin quel fut notre soulagement de voir que toute cette foule hirsute avait été dispersée. Aujourd’hui Homs est comme en état de siège. Les forces de sécurité ont interdit les motocyclettes. Personne ne peut rentrer à Homs mais on peut en sortir. Nous avons tous vu que ces manifestants étaient des occupants à la solde d’une entité extérieure à la Syrie. On nous dit que ce sont des salafistes. Nous n’avons aucune hésitation à le croire, nous avons vu de nos yeux leurs agissements. Ils ne sont pas des nôtres, ils viennent pour un complot occulte, pas pour une réforme constructive. Que Dieu nous assiste. »

Bien entendu, un témoignage unique ne fait pas une vérité. Mais des dizaines d’autres témoignages viennent corroborer celui-ci, qui lui-même est parfaitement cohérent avec ce que nous savons aujourd’hui, et avec tous les autres documents : il y a bien des djihadistes étrangers en Syrie, qui massacrent allègrement, qui commettent des attentats suicides causant des dizaines de morts chacun. Et il est très probable qu’ils étaient là depuis le début. Et tout à fait envisageable que ce soient eux qui aient tiré les premiers sur les manifestants et sur les forces de l’ordre. Évidemment, ce dernier point est très difficilement vérifiable.

Conclusion : il est quasiment certain que les manifestants pacifiques ont été noyautés, dès les premières semaines de contestation, et peut-être dès le premier jour, par des fauteurs de trouble se réclamant du djihad et n’hésitant pas à tirer sur les policiers, les manifestants et les simples citoyens, pour faire dégénérer coûte que coûte la situation. Et ils y sont parvenus. L’opposition est ensuite, et très rapidement, devenue de plus en plus violente.


Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons

Written by fabien

3 août 2012 at 21:38

Publié dans Sans classement fixe

6 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Bravo, a diffuser largement !

    Anonyme

    5 août 2012 at 18:34

  2. Excellente analyse. Il faut dire que le phénomène saute aux yeux.
    Acrimed et Médiapart absents sur ces flagrants délits de manipulation, dans leur esprit manifestement calcifié la cause syrienne n’est pas une « bonne cause » -suivez mon regard !!!!- . Saint-Sulpice a changé de camp ! Il faudra faire un débriefing un jour sur le comportement de la presse française. Il y aurait des thèses à faire. Cela va de l’argent qatari (avec Plantu du Monde comme symptôme) à la sociologie, le journaliste basique est un atome de la bobosphère tendance Montreuil-Sud… en passant par l’encadrement actuel des médias (par l’Etat, atlantiste, par les activistes du CAC 40 propriétaires des médias). On se contrefiche du citoyen, usager des médias, qui doit tout de même verser sa dîme (la redevance) à son propre asservissement !!!

    Dernier point le bourrage de crâne organisé, il faut le préciser, a pour but, avant tout, de nous vendre la guerre contre la Syrie, palier de la guerre contre l’Iran.
    Résultats mitigés : les sondages ont été piteux, après 12 mois de pilonnage, la presse de l’oligarchie n’a pu qu’essayer de nous produire un 40 % pas clair après avoir essayé de faire croire à un 51 % des Français favorables à une guerre contre la Syrie. Episode lamentable qui démontre combien notre démocratie, pontifiante, arrogante, en proie à un équivalent de démence sénile n’a, évidemment, rien de réellement démocratique.

    Colonel Patouillard

    5 août 2012 at 19:45

  3. que retenir de tout cela? déjà qu’il faut avoir beaucoup de temps pour lire l’ensemble de ces textes, vérifier leur provenance, les analyser , etc, ce n’est pas donner à tout le monde, c’est d’ailleurs sur ce manque de temps que surfe depuis longtemps les media, principalement la télévision, pour apporter en raccourci des images et des regards faussés sur le monde. Partout. Et depuis longtemps. On ne peut être que globalement d’accord avec les remarques ici données: le matraquage médiatique français ou occidental est synonyme ou preuve des manipulations habituelles, du monde politique, du monde des armes. Rien de bien nouveau, la société du spectacle triomphe. Et l’image, quelque soit « fiction » ou « d’information » continue d’essayer de construire des bons et des méchants. Ainsi l’exercice inverse qui tendrait à prouver que les méchants c’est les autres et les bons itou est un exercice difficile voire périlleux voire inutile. Je trouve déplacé d’aller chercher en contre preuve(? ) d’autres images de propagandes, de pendaison, d’assassinat. L’image est manipulation de part et d’autre, elles n’amènent aucune certitude , aucune preuve, aucune réelle information, ni celle véhiculée par TF1 ni celle répandue par le Net.
    Le plus gênant encore une fois est dans ce type de phrase: « Même en supposant que ce régime n’ait strictement aucun respect pour ses citoyens, »….. ou  » Évidemment, si on considère que le régime Assad est ce régime sanguinaire » .
    Même en supposant!!! Si on considère!!!!…
    Le doute n’est pas de mise désolé. Assad est un criminel, qui a toujours baillonné toutes les libertés, torturé dans ses prisons, étouffé la presse, les opposants et tué toute liberté de penser, de s’exprimer. La vraie question, comme posée en début du premier texte je crois est :
    « Qui ne souhaiterait pas la chute d’un régime dictatorial ? A condition bien sûr qu’il soit remplacé par quelque chose de meilleur.
    Après Staline, Mao, Tito,Causescu et quelques autres…. qui ne s’est pas posé la question de la peste et du choléra.? Qu’est ce qu’on appelle « meilleur »? Et comment y arrive t on? Les dictateurs peuvent évidemment être des barrages à quelque chose de pire, devons nous, pouvons nous les soutenir à ce titre? Garants d’une unité territoriale, doit on souhaiter qu’ils restent au détriment de quelques crimes? Et sinon comment arriver à s’en débarrasser en installant un régime « meilleur »?Comment souhaiter leur chute sans craindre pire? La guerre on l’a compris depuis longtemps (l’Afghanistan en apporte la preuve chaque jour) est une absurdité, ou en tout cas un beau prétexte à vente, profit, etc. Intervenir , ? Comment?? rester les bras croisés? Lorsque des civils se font assassinés ( par qui que ce soit), lorsque des dirigeants de pays envoient leurs mercenaires, manipulent l’info, assassinent à tour de bras… quelle est notre réponse? quelle est notre attitude? A lire le passionnant texte de ce syrien réfugié à Beyrouth et envoyé par Sleiman Azar, nous assistons et depuis un moment à de terribles mutations , bouleversements, luttes, peu importe les noms, dans le monde musulman. Avec des guerres, des prises de pouvoir, des alliances, des enjeux financiers colossaux. Et ça va durer… un certain temps… Où nous situons nous ? Nous qui pensons que les interventions militaires sont les plus mauvaises réponses. Avons nous les moyens d’aider à une autre voie? La quelle? Ce qui est sûr c’est que les politiques passées ont toutes aidées l’islamisme radical à s’implanter , grâce à un système d’aide social financé par les pays du Golfe et apparaissant comme unique et ultime recours aux populations dans la misère. Que faire??
    Laurent

    billard

    7 août 2012 at 17:31

    • Salut Bibi,

      Moi, je veux bien partir de ce que tu dis : « Le doute n’est pas de mise désolé. Assad est un criminel, qui a toujours baillonné toutes les libertés, torturé dans ses prisons, étouffé la presse, les opposants et tué toute liberté de penser, de s’exprimer.  »

      Mais je suis désolé, cette affirmation ne tient compte ni de l’histoire du pays (de quoi Bachar el Assad a-t-il hérité ?), ni de la complexité de l’appareil syrien (comment sont répartis les pouvoirs), ni du contexte international, ni de l’histoire personnelle de Bachar el Assad, ni de ses tentatives de réformes.

      Le problème c’est « Assad est un criminel ». Cette personnalisation du pouvoir syrien n’est pas en rapport avec la réalité. Bachar el Assad n’a pas les pleins pouvoirs en Syrie, il ne les a jamais eus, sa situation est fragile depuis le début, il a hérité d’un système avec des jeux de pouvoir, avec un appareil répressif quasi-autonome, et si on ne comprend pas ça, on fait un contresens total sur le pays. En revanche, avant ces événements, il pouvait se balader dans les rues sans escorte, conduire une voiture sans blindage, habiter dans un appartement quelconque, sans craindre pour sa vie. Curieux pour un dictateur opprimant son peuple et dont beaucoup auraient voulu la mort.

      Ce qui est dramatique dans cette histoire, c’est de voir des étrangers bien plus royalistes que le roi, et qui ont contribué à mettre par terre toute chance de réforme pacifique. Parce que même les opposants syriens modérés à Bachar el Assad sont à des années lumière du portrait que tu fais, tel Bassam Tahhan, le porte-parole du collectif pour la Syrie, dans cette interview : http://www.bfmtv.com/bourdin-direct-bassam-tahhan-actu31633.html

      Ce qui est dramatique, c’est qu’au nom d’une vision de cet état totalement caricatural, on ait dissuadé la négociation au profit de l’action armée. Parce que les opposants Syriens sincères comme Bassal Tahhan savent très bien qu’on pouvait discuter avec Bachar el Assad, et que ce n’est pas le boucher qu’on nous présente. Le mettre sur le même plan que Staline, Mao ou Caeucescu ne tient pas. Son père, pourquoi pas, mais pas lui.

      Ce qui est dramatique, c’est que chez nous, les contre-pouvoirs qui sont censés prendre le temps d’analyser les choses ne l’ont pas fait. Tout le monde a poussé au massacre, en proposant des solutions qui ne pouvaient pas marcher, parce qu’elles niaient la réalité, et parce que c’est plus simple de mettre l’étiquette sans nuance « dictateur » sur un personnage que d’analyser une situation complexe.

      Pendant ce temps-là, il y a une nouvelle constitution en Syrie, adoptée cet hiver par référendum, et qui garantit le pluralisme politique et un certain nombre de droits fondamentaux. Au lieu de soutenir ce processus qui avait démarré bien plus tôt, au lieu de veiller à ce que cette constitution s’applique bien, on a choisi de faire sombrer le pays dans le chaos, la guerre de religions.

      Maintenant, si on veut parler démocratie, je peux te parler d’un certain nombre de pays où on censure quotidiennement (j’en fais régulièrement l’expérience), où les médias appartiennent à des marchands d’armes et mentent sciemment sur tout un tas de sujets, où des personnalités passionnantes sont interdites d’antenne, où les élections se gagnent à coups de millions de dollars, où les services secrets arment des terroristes, où des entreprises gigantesques offrent les services de mercenaires, où des études scientifiques sont biaisées, où on parle de surveiller Internet, où la démocratie chèrement acquise régresse chaque jour… Et nous vivons dans un de ces pays.

      fabien

      7 août 2012 at 22:33

      • fabien
        j’ai écouté Bassam Tahan et rien dans ce qu’il dit ne contredit ce que je pense. A part qu’il parait … comment dire… utopiste, optimiste? je ne sais pas, d’appeler à la négociation entre chiite et sunnite, sa définition des opposants syriens modérés n’est pas à des années lumière de la mienne vu que j’en ai fait aucune. Quant à l’héritage, la complexité du pays, la situation internationale, le parcours personnel…. c’est justement le lieu commun à tous. C’est rigolo finalement de répondre sur d’autres terrains, celui de la démocratie par exemple , comme si j’avais vanté les mérites des démocraties occidentales. Je ne l’ai pas fait. Je n ‘ai aucune raison de le faire.
        J’ai juste posé la question du « que faire? « . Et de la fabrication par l’image des bons et des méchants. Pour ce qui est des mensonges, il en est un, magnifique, passé sous silence, c’est celui autour du véto russe et chinois contre l’intervention en Syrie. Présenté en boucle sur toutes les radios et télévisions, comme un déni de justice, un crime contre l’humanité, les grands hommes politiques, américains, anglais, français, semblent oublier le nombre de véto imposés depuis plus de trente ans par l’Amérique bloquant les sanctions contre Israël, malgré l’illégalité totale de sa politique. Toujours ce deux poids deux mesures.
        Pour ce qui est de ce beau pays complexe qu’est la Syrie, je n’en connais finalement que ce que j’en ai vu quand je suis allé là bas, des rencontres que j’ai faite, du sentiment d’oppression qui s’en dégageait , de ses milices qui frappent aussi bien à Damas qu’à Paris sur des opposants , pacifiques vraiment pour le coup ceux là… à bientôt pour en reparler.

        billard

        7 août 2012 at 23:29

        • On est bien d’accord sur l’essentiel, alors.

          A « que faire », il n’y a pas de réponse, parce que personne en occident ne veut d’un régime syrien qui se démocratiserait tout en restant solide. C’est ça, le vrai problème. Parce que le pays est trop stratégique.

          Ce qu’il aurait fallu faire, si on avait vraiment voulu aider la Syrie, c’est soutenir les points positifs qui caractérisaient le pays : évolution institutionnelle lente mais voulue par Bachar el Assad, éducation (on sait très bien que l’éducation est la clé de la démocratie), laïcité, paix entre les confessions et pluralité confessionnelles, longue histoire et grande culture…

          Il aurait probablement fallu soutenir Bachar el Assad sous condition, au lieu de le présenter comme le responsable d’un système qu’il n’a pas créé. Au lieu d’exiger son départ (toujours cette personnalisation absurde) qui n’aurait rien changé, il fallait soutenir le changement des institutions qui était en cours, et s’assurer qu’il était sincère. Là, la communauté internationale aurait pu faire pression, mais de manière positive. De même que faisaient pression les Syriens, très majoritaires, qui, dans les premiers mois, soutenaient à la fois Bachar ET les réformes.
          Et une fois que ces institutions démocratiques auraient été fonctionnelles, les Syriens auraient pu décider qui ils mettaient à leur tête.

          Sur les milices, je n’ai pas de doute sur leur existence et leurs exactions (enfin, si, sur le degré de leurs exactions, quand même). Mais là encore, on oscille dans la vision occidentale entre « ce que font ces milices est la responsabilité personnelle d’Assad » et « ces milices lui échappent totalement », selon que l’une ou l’autre version nous arrange. J’ai dans l’idée que la réalité est plutôt dans ce que je disais : Bachar el Assad ne contrôle pas intégralement l’appareil syrien, notamment son côté répressif, qui existait bien avant lui.

          Le problème pour moi n’est pas de dédouaner un dictateur, si dictateur il y a, mais d’apporter des réponses qui ont une chance d’aboutir. Par exemple, quand on demandait à la Syrie de retirer ses troupes unilatéralement, ça aurait eu du sens si les protestataires avaient été de gentils manifestants. Ca n’a pas de sens si ce sont des miliciens en armes qui attendent la première occasion pour gagner du terrain. Ca ne peut pas être acceptable par l’autre partie. Et donc le plan ne peut qu’échouer.

          A trop se placer sur des questions de morale ou de droits de l’homme, on finit par aboutir à un échec certain, et c’est la morale et les droit de l’homme qui finalement paient le prix fort. Alors que si on s’était placés d’emblée du côté du pragmatisme, on pouvait arriver à des résultats dont auraient finalement bénéficié la morale et les droits de l’homme.

          Bon, mais tout ça, c’est supposer que la volonté des Occidentaux / Turcs / Séoudiens / Quataris… était d’aider vraiment la démocratie en Syrie. Cette volonté est pour le moins douteuse. Et c’est là que les citoyens occidentaux auraient dû agir : exiger qu’on défende les intérêts de la Syrie et pas nos intérêts propres.

          Quant à ce qu’on peut faire maintenant, je suppose qu’on peut au moins ne pas soutenir une intervention armée, ni la fourniture d’armes aux rebelles. Et soutenir un plan de paix internationalement, c’est-à-dire en incluant la Russie, la Chine et l’Iran. Des élections sont envisagées en 2014, il faudrait apaiser le pays d’ici là et faire en sorte que ces élections soient valables, mais ça, on pourrait y arriver.

          fabien

          8 août 2012 at 08:39


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 30 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :