Journal
Jeudi 20 octobre 2011
Chi di gallina nasce, in terra ruspa.
Lundi 17 octobre 2011
Réveillé en pleine nuit par une idée géniale. Immédiatement notée sur mon calepin pour ne pas l’oublier. Le lendemain, au réveil, ça donne ça :
Sur une roue, avec des pinces à linge. Comment appelle-t-on les rebelles qui travaillent. Comment appelle-t-on le travailleur. Circonvolutions. Tous cloués sur la roue à 360°. 2 combats. Sur la roue pour la faire tourner. A l’extérieur pour y rentrer.
Pas certain que ce soit exploitable.
Samedi 15 octobre 2011
Monte Sant’Anghjulu. Vent froid, sec, atmosphère limpide, impression de haute montagne à 300m d’altitude, en doublant le couvent. Du monde en haut, plusieurs groupes dont deux Ajacciens en quête de paix au couvent. Une étrange énergie émane de ce lieu.
Mercredi 12 octobre 2011
Par chance, je ne comprends pas toujours ce que je raconte.
Toujours, on se dit : après avoir vécu ça, après avoir survécu à ça, une fois passée l’épreuve et revenu le calme de la vie ordinaire, la vie sera facile et les maux du commun seront aimables distractions. Mais toujours, la paix revenue, très vite, revient aussi la vulnérabilité. Le cuir est éphémère.
Lundi 10 octobre 2011
Non seulement la figure de l’expert a envahi les médias et le champ politique, mais elle a peu à peu colonisé l’esprit même des citoyens les plus éclairés. Tel qui aurait pourtant des choses pertinentes à dire, et sans doute une vision éclairante du monde, n’ose pas exprimer son avis sur des sujets qu’il maîtrise pourtant honorablement, sous prétexte qu’il n’est pas expert de la question. Pire, ce sont justement les citoyens les plus capables de mener une réflexion originale mais équilibrée sur les questions importantes de notre société qui s’autocensurent le plus sévèrement. Ceux qui ont peu à dire n’ont pas de scrupule à faire connaître leur opinion.
L’expert, adoubé par ses pairs, lui, peu se tromper sans cesse, mépriser le citoyen, affirmer sans argument, discourir d’autorité, se tromper encore, il reste respecté de ceux qui devraient justement le mépriser.
Samedi 8 octobre 2011
On n’écrit pas, on ne pense pas de la même façon avec un stylo à la main ou face à un clavier. Le clavier incite à la pensée cartésienne, le stylo à la rêverie littéraire. L’intelligence est autant dans le geste, dans l’effort, que dans l’activation des fonctions cérébrales. Le cerveau est pour peu de chose dans la formation de la pensée.
Ce jour-là, quand l’illusion sera dissipée, quand plus rien de ce qui semble sûr ne tiendra debout, que tout ce à quoi nous croyons aura montré sa vacuité, que la faim tenaillera les estomacs des nantis, que la mort frappera en cercles de plus en plus rapprochés, nous les humains reviendrons à la vie et connaîtrons de nouveau l’amour du temps qu’il reste.
Ne pas craindre la douleur, accepter le combat, supporter l’humiliation de la défaite, et renaître plus fort.
Se dire qu’encore une fois, on n’en sort pas si mal…
Vendredi 7 octobre 2011
Hypothèse optimiste : malgré les années, le vent qui vient à travers la montagne ne m’a pas rendu fou. Sain d’esprit je resterai, toujours, et deviendrai un vieux sage que les rires des enfants comblent de bonheur.
Hypothèse pessimiste : depuis bien longtemps, le vent qui vient à travers la montagne m’a rendu fou, les rires que j’entends ne sont que les quolibets de mes contemporains.
Je ne comprends pas cette admiration confinant à l’idolâtrie qui agite sporadiquement les foules vis-à-vis de telle ou telle icône. Je comprends l’amour, celui qu’on éprouve, solitaire, presque sans raison, pour un être unique à nos seuls yeux, mais pas cette adoration collective qui pousse aujourd’hui mes amis gauchistes à vénérer un grand patron parce qu’il leur a vendu naguère quelques jouets électroniques.
Jeudi 6 octobre 2011
Compagnon de cabine couche-tôt, pas de meilleure option que de le suivre, dans l’ennui d’un Monte-d’Oro presque désert. Longue nuit, longs rêves, A. y a rencontré un bel américain et attend un heureux événement, épanouie.
Volonté incroyable des humains de cacher leurs faiblesses. Tel qui paraît si fort, si dur, au premier abord se révèle peu à peu fragile. Tellement vulnérable, mais tellement plus humain.
Octobre, début de la saison du feu légal. Biomasse volatilisée par milliers de tonnes, toxicité des feux de déchets mal séchés. Ne sera pas réglé demain.
Mercredi 5 octobre 2011
Marseille, de retour de quelques jours loin de la Corse. Étonnante expérience, toujours renouvelée, jamais décevante, de désirer plus que tout le retour au bercail après quelques nuits ailleurs. Terrasse sans charme d’un café sans charme sur la place de la Joliette, carré de béton semé de baraques de chantier préfabriquées. Laideur remarquable au point qu’elle aurait sa place sur un guide de voyage ou un catalogue d’art contemporain.
Bloc-notes acheté hors de prix à la gare, besoin d’écrire tout de suite.
Seules des femmes sont belles sur cette place, beauté qui ne m’atteint pas. Je la constate, la mesure, l’évalue, l’admire, l’apprécie, la garde en mémoire pour une autre fois, mais elle ne m’émeut pas. Quelque chose de brisé. Non, pas brisé, annihilé, plutôt, suspendu, remis à plus tard. Besoin d’hiberner, de ressentir la paix des ours…