1000 idées pour la Corse

1000 idées pour la Corse et pour le monde

Idée n°35 : changer le maquis en or

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Voici une expérience qui n’est ni nouvelle, ni véritablement confidentielle. Elle est assez connue dans les milieux écologistes et alternatifs, surtout de la part de tous ceux qui recherchent une certaine autonomie dans leur démarche. Son auteur, Jean Pain, est malheureusement décédé prématurément. Mais elle peut sans doute nous inspirer, par son caractère exemplaire, et parce qu’elle semble assez adaptée à la Corse.

Mais qu’à donc fait ce Jean Pain pour mériter tant d’éloges ? Il a simplement broyé finement des broussailles et en a tiré du compost, mais aussi de l’énergie, de deux manières :

D’abord, simplement en utilisant la chaleur dégagée par la fermentation du bois. En réalisant un compost suffisamment volumineux, on parvient à conserver au centre du tas de compost une température élevée pendant plusieurs mois. Il suffit alors de faire passer un tuyau en serpentin au centre du tas, d’y faire entrer de l’eau froide, pour obtenir de l’eau chaude à la sortie. Chaude comment ? Une soixantaine de degrés. Largement assez pour alimenter un chauffage central. Tout bête, encore fallait-il y penser.

La deuxième manière de tirer de l’énergie de ce tas de broussailles nécessite d’être un peu plus bricoleur : en plaçant une cuve au centre du tas, et en la remplissant d’eau et de broyat légèrement décomposé, la fermentation du mélange produit du méthane. Du gaz. Qui peut servir à alimenter une cuisinière, un groupe électrogène, ou encore à faire rouler une voiture. En tous cas, avec ses talents de bricoleur, Jean Pain réussissait tout ça chez lui.

Et pour finir, une fois que le tas a donné son énergie, il reste plusieurs mètres cubes de compost. Je ne sais pas quelle est la qualité exacte d’un tel compost, en tout cas, le potager de Jean Pain semble avoir été célèbre pour la qualité et la quantité de sa production, sur un sol originellement très pauvre.

Le volume minimal de broyat à entasser pour obtenir une fermentation est de quelques mètres-cubes (quatre selon certaines fiches techniques de la méthode). La principale difficulté, au-delà de réunir la quantité de matière nécessaire, consistant à imprégner préalablement le bois d’eau pour obtenir une fermentation rapide.

Plusieurs expérimentations ont été réalisées pour alimenter de cette manière en chaleur des groupements urbains, je ne sais pas trop quels en ont été les résultats dans ces situations très différentes du contexte d’origine : les informations sont contradictoires. Si quelqu’un a des précisions, je suis preneur. Il y a aussi peut-être des Corses qui utilisent cette méthode ou ont essayé de le faire, qu’ils n’hésitent pas à se faire connaître.

Au-delà du fait que cette méthode semble remarquablement adaptée à notre situation de région en proie aux incendies, elle est exemplaire aussi parce qu’elle illustre très bien au moins deux grands principes de la permaculture* dont nous devrions toujours nous inspirer : que chaque élément d’un système ait des usages multiples, et chercher la solution contenue dans tout problème.

Ici, la propriété de Jean Pain nécessite d’être débroussaillée contre l’incendie. On pourrait brûler les broussailles sur place, s’en débarrasser comme un déchet. On préfère les considérer comme une ressource. On pourrait en tirer de l’énergie (dans une chaudière, par exemple), ou en faire du compost. On préfère faire les deux. On pourrait garder la bonne nouvelle pour soi, on préfère la diffuser largement : elle permettra encore d’alimenter un blog en Corse 30 ans après. Etc.
D’un problème (protéger la maison contre l’incendie), on a fait une solution, et d’un élément (les broussailles), on a tiré plusieurs usages. Pris séparément, aucun de ces usages n’est extraordinaire. C’est leur réunion dans un système cohérent qui fait toute la valeur de la méthode.

Limpide, non ?

* Promis, un jour j’expliquerai en détails ce qu’est la permaculture, en attendant vous pouvez toujours aller consulter la fiche wikipédia à ce sujet.

Pour en savoir plus :
Jean Pain, l’homme qui tire de l’énergie des broussailles.
Fiche technique : le compost de broussailles par la méthode Jean Pain.
Le comité Jean Pain (Belgique).

Retrouvez tous les articles de 1000 idées pour la Corse.

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Written by fabien

23 janvier 2010 à 11:14

2 Réponses

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  1. Cette application a été utilisée du temps des Romains, au moins dans une villa (sur Italie, je crois). Ils profitaient de la fermentation de déchets organiques (feuilles, herbes…) et du fumier tiré des animaux (chevaux, vaches, moutons et peut être des excréments humains).
    Cette 35 ème idée est facilement réalisable et utilisable l’hiver, combiné pourquoi pas à un « mur chaud » ou un simple chauffe-eau solaire pour 8 mois sur 12 (serpentin posé sur un plan peint en noir et recouvert éventuellement d’une vitre). quelques sites développent ces concepts simples.
    La méthode à Jean Pain donne du pain sur la planche : en effet, il faut le matérien pour broyer de gros volumes (une tondeuse à gazon ne suffit pas), avoir assez de feuilles et autres matières -fécales- aptes à fermenter. Et il faut entretenir le système : une fermentation s’entretient si l’on souhaite une bonne température de l’eau.
    Un fumier de cheval peut monter à 80° mais on peut abaisser la température en calmant la fermentation (par ajour de feuilles par ex.). Pas facile mais réalisable…

    Chnoupi

    23 janvier 2010 at 17:16

  2. Il est clair qu’on ne fait pas plusieurs mètres cubes de broyat de bois en claquant des doigts. J’en sais quelque chose. Mais il y a de plus en plus de broyeurs de végétaux en action en Corse.
    Je ne sais pas en revanche combien de temps on peut obtenir une température suffisante (constante, ce n’est pas forcément indispensable). Apparemment, Jean Pain parvenait à plusieurs mois, mais son tas faisait 3m de haut et 6m de diamètre.
    Cela dit, il faudrait étudier si ça peut compléter un chauffe-eau solaire, dans la période novembre-février où le chauffe-eau a du mal à assurer pour du chauffage. 4 mois de fermentation, ça doit pouvoir se faire, ou alors Jean Pain racontait des bobards.

    Dans tous les cas, ça reste une solution de bricoleur pas fainéant. C’est un peu comme la pompe-bélier, ça peut servir ici ou là (mais c’est plus costaud à faire qu’une pompe-bélier).

    fabien

    23 janvier 2010 at 21:52


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