1000 idées pour la Corse

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Idée n°38 : empiler sèchement des pierres

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C’est solide, c’est utile, c’est économique, c’est écologique, c’est beau, c’est notre patrimoine, c’est un pan de notre culture. Et ç’est en train de disparaitre, jour après jour. Emportée par la pluie, défoncée par les vaches, vaincue par le parpaing, l’oeuvre en pièrre sèche de nos ancêtres vit une lente agonie.

La pierre sèche, c’est ce qui a permis à nos ancêtres d’implanter, sur un territoire difficile, un système agricole remarquable. Elle est le symbole d’une conception pragmatique de l’environnement : ceux qui ont construit ces murs l’ont fait pour survivre. Pas pour faire joli ou par passion pour le développement durable. N’empêche, c’est beau et c’est respectueux de l’environnement. Mais nos ancêtres habitaient le territoire, alors que nous ne faisons que l’occuper. Eux pratiquaient l’écologie, la vraie : celle qui fait manger les hommes, façonne le paysage, et y favorise la vie.

La pierre sèche, c’est aussi ce qui nous relie à tous les peuples de montagnards de la planète. On retrouve de telles constructions jusqu’en Chine. Et en même temps, le résultat est unique, parce qu’il n’y a pas deux pierres identiques.

Toute cette oeuvre disparaît, et ça finira par nous coûter très cher : à mesure que le réseau de murs de soutènement qui modelait nos pentes se dégrade, nous perdons nos sols et leur capacité à absorber les précipitations. Résultat : plus de ruissellement, moins d’eau souterraine. Inondés l’hiver, asséchés l’été. Les sources aussi disparaissent avec les murs.

Nous qui nous targuons de baser notre développement sur le tourisme, nous ferions bien de nous interroger sur ce que viennent chercher chez nous nos visiteurs. Du soleil, la mer, sans doute. Mais ils ne viendraient pas si nombreux en Corse (il y a moins cher pour se faire bronzer le cul) s’ils n’y cherchaient pas autre chose. Cet autre chose que nous détruisons année après année à coups de bulldozer.

Les murs de pierre sèche sont aussi d’excellents ouvrages de prévention de l’incendie : ils ralentissent la progression des flammes, peuvent même la stopper. Un réseau cohérent de murs de pierre en bon état et de pare-feux classiques serait probablement la meilleure des préventions.

Depuis quelques années, on assiste à un regain d’intérêt pour la technique. Une technique accessible à tous : des pierres, en Corse, on arrive encore à en trouver. Le principe est simple : c’est du tétris en 3D dans la vraie vie. On n’est pas obligé de commencer gros : deux ou trois rangées de pierres bien placées font déjà leur effet. Et contrairement aux apparences, les murs de soutènement ne sont pas les plus difficiles à réaliser.

Bien entendu, réussir un mur de pierre sèche nécessite de respecter quelques règles, et d’acquérir un savoir-faire. Mais se former à la pierre sèche devient de plus en plus facile. Des organismes comme l’Office de l’Environnement de la Corse ou le Pays de Balagne sont susceptible d’organiser des formations. Il existe maintenant au moins un excellent livre sur le sujet, et plusieurs blogs ou sites internet.

Alors, on commence quand ?

Un mur n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être beau et utile. Ce type de murs, ici, sur le sentier qui relie Santa-Reparata di Balagna à Monticellu, peut être construit par tous, avec un peu de pratique (même si celui-ci est clairement abîmé). On a, à une époque plus récente, utilisé du béton pour protéger le faîte des murs. Le résultat est parfois intéressant. La vie est toujours présente dans les murs de pierre :

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Written by fabien

3 février 2010 à 12:14

Publié dans En pratique

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10 Réponses

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  1. Je suis amoureuse depuis toujours de ces murs-là ! Les drailles d’Aubrac figurent parmi mes préférés…

    C@thy

    3 février 2010 at 16:21

  2. Tu as le droit de dire que les drailles d’Aubrac sont parmi tes préférées, mais tu doit impérativement préciser « après les merveilleux murs si authentiques quoiqu’un peu cassés de Corse, bien sûr ».
    Sinon, ça risque de faire des histoires.

    fabien

    4 février 2010 at 12:32

    • Ben voui… sûrement que je dirai ça quand j’aurai l’insigne honneur de poser (enfin) mon auguste pied sur cette magnifique Île de Beauté qu’on m’a tant vantée…
      (Aujourd’hui, on m’a dit que les Corses avaient un caractère de cochon – sauvage, le cochon…??!)

      C@thy

      5 février 2010 at 02:35

  3. […] en plus de photos d’illustration des articles, comme j’ai commencé à le faire avec l’idée n°38. Bon, faut que je retrouve un peu la main, je suis un peu rouillé, mais bon, on devrait réussir […]

  4. Entièrement d’accord bien sur.
    Pour avoir participé (il y a fort longtemps) a un chantier de pierres sèches, il faut quand même un certain savoir faire. Y a-t-il encore des anciens pour transmettre ?
    Comment faire pour lancer un chantier de réhabilitation de quelques sentiers aux abords du village ?

    Daniel

    7 février 2010 at 21:59

    • Il faut se renseigner auprès du Pays de Balagne, il doit être possible d’obtenir des financements pour de tels projets dans le cadre des fonds LEADER.
      Cette réhabilitation des sentiers, c’était une partie de nos projets l’an dernier, mais j’ai dû mettre ça entre parenthèses.
      Si quelque chose se fait, je veux bien y participer.

      fabien

      12 février 2010 at 10:53

  5. J’ai hâte d’apprendre et de m’y mettre. Je vais commander le livre précédemment cité mais j’aurai préféré être formé par un ancien. çà me désole de voir qu’au village, on emploie des Polonais (forts sympathiques et travaileurs!) , qui réalisent de très beaux ouvrages…mais qui sont collés au ciment et ne sont pas en pierres sèches. Pas moyens de trouver quelqu’un qui sache , ou veuille bien prendre le temps de me montrer. Les tarditions se perdent et notre patrimoine aussi. Certains essaient pourtant de me faire croire « qu’ils sont plus Corses que moi ». Je suis rassuré en les voyant faire et n’ai rien à leur envier!!!!
    Si une association devait se créer, je n’hésiterai pas à en être un ardent membre actif!

    petru.u.scemu2A

    13 mars 2010 at 13:28

  6. […] faire reculer les déserts ou de sauver des sols de l’érosion est de planter des arbres (les murs de pierre sèche, ça marche aussi, mais faut les entretenir). Les arbres, dont les racines sont en contact […]

  7. Bonjour
    Tres bon article et pour le « on commence quand ? » sachez qu’à paris avec la guerilla gardening et leo notre maitre en mur en pierre seche on en fait ! Et grace à des déchets, des remblais, des tas de pierres abandonnés exactement comme dans le sud, comme vous le proposez ! Si vous voulez on apprend meme à le faire au PRE de la ferme du bonheur à Nanterre, sur la petite ceinture parisienne…
    au plaisir de vous faire la visite,
    guérilleusement,
    gabe
    un ti exemple :
    http://www.guerilla-gardening-france.fr/wordpress/92-actions-en-photo-au-pre/

    gabe

    16 avril 2013 at 18:40

  8. La FFPPS est un réseau de praticiens, de chercheurs, d’institutions et de territoires. Officialisé en 2012 à la demande du Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, et du Conseil Général de Vaucluse (84), ce réseau de militants, né suite au programme européen REPPIS (1996-1999), s’est progressivement étoffé et oeuvre pour la reconnaissance de la technique, du savoir-faire et des valeurs patrimoniales, agronomiques et environnementales de la pierre sèche.
    Ce collectif a produit les outils indispensables pour bâtir des ouvrages fiables et assurables: les Règles de l’Art avec abaques de calculs de dimensionnement issues de plusieurs thèses de Doctorat d’ingénieur, le « Guide de bonnes pratiques de construction de murs de soutènement en pierre sèche » en 2008, ainsi qu’une qualification nationale professionnelle en 2010.
    Pour que cesse le pillage ou le concassage des pierres et pour que ce matériau premier, noble, réemployable, recyclable qu’est la pierre, la pierre sèche a besoin de notre solidarité. C’est assurément une pratiques durable pour nos territoires.


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