1000 idées pour la Corse

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Idée n°51 : sauver les eaux

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Un petit film très intéressant sur les biefs du Pilat, relayé récemment par l’association IDEES Corse* sur sa page Facebook,  me donne une occasion de revenir sur une idée que j’avais effleurée y a un moment (ça aurait dû être l’idée n°19), et que je n’ai jamais terminé de rédiger (quand l’inspiration veut pas, elle veut pas).

L’idée des biefs est de permettre, lorsqu’une rivière de montagne est bien alimentée, en période humide, de capter une partie de l’eau en excès (qui normalement devrait se perdre en aval), et de la répartir sur le territoire : la quantité d’eau ainsi absorbée par le sous-sol est plus importante, les nappes souterraines sont mieux alimentées.
C’est en fait l’exact contrepied de la méthode actuellement privilégiée, qui consiste à augmenter la capacité d’évacuation, et donc se débarrasser au plus vite de l’eau en excès, qui est alors perdue pour le territoire (dans le meilleur des cas, elle va alors rejoindre une retenue en aval, et il faut ensuite la pomper pour la faire remonter là où on en a besoin).

Je ne sais pas si la méthode des biefs serait utilisable en Corse, mais il est clair que nous gagnerions à apprendre à inverser notre manière de penser la gestion de l’eau (et la gestion de pas mal d’autres choses). D’un point de vue purement physique, nous aurions tout intérêt à faire en sorte que l’eau soit retenue le plus en altitude possible, le plus longtemps possible, de manière à pouvoir aussi souvent que possible utiliser la gravité, ce qui est toujours plus simple à gérer que de faire remonter de l’eau sur des centaines de mètres.

De manière générale, nous aurions tout intérêt à comprendre qu’il est urgent de préserver ou réhabiliter les éléments, naturels ou artificiels, qui ont permis pendant des siècles de réguler le cycle de l’eau en Corse : forêt (de feuillus, surtout), terrasses de culture et autres aménagements agricoles, sols…

Je ne saurais pas donner de chiffres précis, mais il est assez probable que dans certains lieux, ce soit de l’ordre de la moitié des précipitations qui est aujourd’hui perdue, là où les circonstances sont les plus défavorables : là où la pente est forte, là où les incendies et le surpâturage ont érodé et tassé les sols, là où la surface a été artificialisée. C’est autant de perdu pour les sources, les cours d’eau et la végétation.

Il serait urgent aussi de prévoir, à chaque nouvelle artificialisation de sol, des aménagements permettant de maintenir la capacité d’infiltration globale de la zone artificialisée. Je pense que les broyats de bois pourraient largement y contribuer, par exemple, liés à des aménagements paysagers, tels que des haies bien conçues (qui pourraient même être productives). De tels aménagements devraient d’ailleurs être rendus obligatoires.

Plus généralement, les aménagements susceptibles de participer à la gestion de l’eau sont multiples : maillage du territoire avec de la forêt, des haies, ou, encore mieux, par la pratique de l’agroforesterie, qui induirait en outre une amélioration des sols, une diminution du surpâturage et une protection contre l’incendie ; installation de pièges à eau ; protection spécifique des sources ; aménagements individuels visant à ne pas passer le problème au voisin en contrebas ; subordination de l’utilisation des barrages à une gestion globale de l’eau (un barrage est une terrible incitation à laisser perdre les sources et à gaspiller, par exemple) ; réhabilitation et réutilisation des terrasses de culture ; décentralisation des retenues et placement aussi en amont que possible, etc.

Évidemment, tout ceci doit se penser en termes de territoire, et serait complémentaire des équipements existants, mais encore une fois, penser avec les lois de la physique et non pas contre pourrait nous être particulièrement utile. Et peut-être un jour ferons-nous admirer à nos touristes notre si judicieuse gestion de l’eau…

*IDEES Corse organise une journée portes ouvertes le dimanche 16 mai à la maison Saint-Hyacinthe à Miomu, avec notamment la projection du film de Coline Serreau, Solutions locales pour un désordre global.

Une remarque sur un commentaire sur la page d’IDEES : oui, il y a bien une sécheresse estivale en Corse. Ecologiquement, une sécheresse correspond à une période où la végétation est stoppée faute d’eau, ce qui est bien le cas en été pour l’essentiel en Corse. Climatiquement, on définit souvent la sécheresse pour un mois donné par la formule P<2T, c’est-à-dire que les précipitations doivent être inférieures à deux fois la température. Par exemple à Calvi, on a 24° de température moyenne en juillet et 11mm d’eau, on est donc très nettement en situation de sécheresse.

En revanche,  le climat Corse n’est pas aride, loin de là, puisque le total de précipitations annuelles reste partout largement suffisant. Nous avons un climat relativement humide avec une saison sèche bien marquée.

Retrouvez tous les articles de 1000 idées pour la Corse.

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Written by fabien

25 avril 2010 à 10:29

Publié dans Réflexions techniques

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2 Réponses

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  1. « De tels aménagements devraient d’ailleurs être rendus obligatoires »
    Ah non! C’est le meilleur moyen de faire en sorte que les gens n’aient pas envie de le faire.

    « Climatiquement, on définit souvent la sécheresse pour un mois donné par la formule P<2T, c’est-à-dire que les précipitations doivent être inférieures à deux fois la température."
    Merci de préciser, les unités, les période de temps concernées…

    Par ailleurs, comment peut-on dire qu'un nombre de °C serait supérieur à un nombre de mm?

    En l'occurence je crois que tu voulais dire : on a séchresse si le nombre de mm d'eau tombé dans le mois est inférieur à 2 fois le nombre de °C de la température moyenne du mois (sachant bien que le "seuil de la sécheresse" est arbitraire et que mutpilier une température en °C ne signifie rien physiquement).
    Pour dire les choses encore autrement 😛 et T étant défini par ailleurs, il y a sécheresse si P/2T < 1 mm/°C (?)
    ……

    Jeuf

    26 avril 2010 at 11:03

    • La température en °C, effectivement, les précipitations en mm, c’est bien ce que je donne dans l’exemple.
      Si la température moyenne est de 24°, alors on considère que le mois est sec si les précipitations sont inférieures à 48mm.

      Physiquement, l’échelle Celsius n’a pas de signification mais écologiquement, elle est assez bien adaptée, la plupart des processus biologiques concernés commençant au-delà de 0°C.

      fabien

      26 avril 2010 at 11:57


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