1000 idées pour la Corse

1000 idées pour la Corse et pour le monde

Idée n°70 : écrêter nos pics

with 10 comments

Un de nos plus gros problèmes, en Corse, est notre incapacité (ou notre absence de volonté) de gérer certains flux. C’est problématique, et ça se traduit de la même façon, avec les mêmes problèmes, dans au moins deux secteurs : le tourisme et notre consommation électrique. Dans les deux cas, on se retrouve avec un pic annuel court et brutal, en croissance permanente, qui génère des surcoûts importants et une sorte de course aux armements permanente et perdue d’avance.

Pic de fréquentation touristique

Des touristes, en Corse, il en vient toute l’année. Mais la moitié se concentre en juillet et août. Et la moitié de cette moitié, dans les 3 premières semaines d’août. 400 000 touristes présents en même temps sur notre île, dont près de la moitié autour de Calvi et Porto-Vecchio. Un pic de fréquentation qu’il faut bien gérer.

Pour cela, il faut mettre à niveau un certain nombre d’infrastructures : ports, aéroports, routes, stations d’épuration, etc. Et recruter pour quelques semaines le personnel saisonnier nécessaire. Aubaine pour les étudiants, catastrophe pour celui qui cherche un emploi stable. Sans parler des conséquences environnementales.

Les meilleurs professionnels du tourisme le disent (notamment François Ollandini, dans Le Manifeste touristique) : une saison touristique de moins de trois mois est une catastrophe pour les professionnels sérieux. Même si elle peut représenter un complément de revenus pour nombre de Corses, c’est toujours dans le cadre d’activités peu structurées. Au final, encore un effet d’aubaine pour certains, mais une catastrophe pour la structuration de l’activité économique de la région.

La pire conséquence étant sans doute pour le secteur de l’immobilier. Il faut bien loger tout ce monde, et il est souvent plus rentable et plus sûr de louer quelques semaines à des touristes que de laisser les logements aux résidents permanents. Des milliers de logements sont ainsi soustraits au marché local pour satisfaire un pic touristique de quelques semaines. Comme, de plus, ce pic est en croissance permanente, tout le monde anticipe des saisons touristiques toujours plus florissantes, donc l’extension des zones constructibles pour les années à venir, et le prix du foncier explose. Tout est alors hors de prix, voire introuvable : logements à l’année, foncier constructible, et même foncier agricole…

La réponse à une telle problématique est évidente : il faut, au moins le temps d’établir une régulation suffisantes des questions foncières, stopper la croissance du pic de fréquentation estivale. Car ce qui pose problème, ce n’est pas le nombre total de touristes dans l’année, mais bien le pic estival de fréquentation, et le fait que ce pic connaisse une croissance incontrôlée.Cette question a été débattue lors d’une rencontre du Forum des Citoyens Actifs de Balagne.

Le moyen de réguler ce pic serait simple en Corse. Nous sommes une île, et il n’y a que deux façons de nous rejoindre : le bateau et l’avion. Il serait extrêmement facile de limiter l’offre maximale annuelle de transport pendant quelques années.Cela nous laisserait le temps de remettre à niveau les infrastructures qui sont aujourd’hui débordées, et de nous interroger sur le coût collectif d’une telle surfréquentation estivale. Si nous sommes contraints aujourd’hui de construire un nouveau port à Bastia, aux conséquences environnementales prévisibles, et qui nous coûtera probablement la bagatelle de 300 millions d’euros, c’est pour accueillir quelques bateaux de plus en août, et éventuellement en juillet. Le reste de l’année, le port actuel est amplement suffisant.

Pic de consommation électrique

Même problème, quasi-symétrique dans le temps, avec l’électricité. Chaque hiver, nous connaissons un pic de consommation électrique particulièrement brutal en Corse. Et en croissance permanente (pour des précisions chiffrées, voir ici). Ce pic et sa croissance nous forcent à une course sans fin aux capacités de production, dans laquelle nous avons toujours un coup de retard, et à laquelle nous répondons toujours par des solutions d’urgence jamais satisfaisantes. Tout ça pour quelques jours par an, variables selon les années, en fonction de la météo.

C’est ainsi qu’on se retrouve à bétonner une des plus belles rivières d’Europe, là encore pour un coût final de l’ordre de 300 millions d’euros.

Là encore, la cause est facilement diagnosticable et la réponse simple (simple ne veut pas dire facile à mettre en œuvre ou à accepter, cela dit). Nous consommons tant parce que nos logements sont mal isolés, et parce qu’ils sont fortement équipés à l’électrique : 50% de chauffages électriques en Corse contre 35% en moyenne nationale. La croissance de cette consommation est forte parce que la situation ne fait qu’empirer : 80% des logements neufs sont équipés de chauffage électrique, et sont souvent des logements individuels plus dispendieux en énergie.

Le remède n’est donc pas très compliqué : mener une véritable campagne d’amélioration des qualités thermiques des logements, stopper l’éclatement de l’habitat nouveau, et choisir autant que possible des moyens de chauffage autres qu’électriques.

Remèdes complémentaires

Et c’est alors qu’on découvre, miracle de l’économie, que les remèdes adaptés à ces deux pics différents sont parfaitement synergiques : un risque causé par la maîtrise du tourisme serait l’effondrement du secteur du bâtiment (qui est aujourd’hui porté par la demande touristique croissante). Risque annulé par le relais d’activité que constituerait une vaste opération de rénovation du logement. Opération soutenue publiquement grâce aux économies réalisées sur les infrastructures supplémentaires qui ne se justifieraient plus par un tourisme non maîtrisé.

Réguler la demande électrique hivernale permettrait alors de réduire les coûts en infrastructures électriques, l’économie réalisée permettant de soutenir la filière bois-biomasse et l’installation de chaudières fonctionnant avec cette biomasse. La Corse tendrait alors doucement vers l’autonomie énergétique, la filière biomasse serait d’une aide précieuse contre les incendies, et pourquoi pas un atout supplémentaire pour un tourisme vert, hors saison (de même que limiter les atteintes environnementales dues à l’habitat éclaté et aux grands barrages ne nuirait pas au tourisme). Le tout accessible à des entreprises locales, alors que les grands travaux d’infrastructure nous échappent en grande partie. La boucle est bouclée.

Manifeste pour un droit au logement digne pour tous

N’oubliez pas d’aller faire un tour sur l’agenda citoyen, il se passe sûrement des choses.

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Written by fabien

3 mars 2011 à 10:21

10 Réponses

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  1. c’est pas faut tout ça!! à creuser!
    j’ai néanmoins une (en fait plusieurs)question(s) : y aurait-il assez de bois ou de biomasse pour chauffer tout le monde? et si oui, sur combien de temps? même si on gère les forêts ou autres source d’énergie, comment faire pour avoir un bon roulement? en combien de temps?

    manette

    3 mars 2011 at 10:56

  2. Si tout ce qui part en fumée chaque été dans les incendies était brûlé en hiver dans des chaudières modernes, je pense que nos problèmes d’énergie seraient réglés pour longtemps.

    Pour bien faire, il faudrait reconvertir environ 20% de l’ensemble des foyers Corses de l’électrique vers d’autres modes de chauffage. Ainsi nous rejoindrions la moyenne nationale de 35% (je pense qu’on a passé les 50 actuellement). Supposons que la moitié soit reconvertie en biomasse, ça fait 10%. Mettons qu’on se donne 10 ans pour ça, ça fait 1% par an. C’est pas gigantesque.
    Si on ajoute à peu près autant de logements neufs, ça veut dire que chaque année, on doit trouver de la biomasse pour 2% de foyers supplémentaires, soit environ 2500 logements.

    Dans un premier temps, rien que ce qui sortirait de chantiers de débroussaillage serait suffisant. Le but étant bien entendu d’étendre ces chantiers au fil du temps.
    Ensuite, la gestion des forêts existantes viendrait apporter un complément.
    Et au fil du temps, de nouvelles forêts deviendraient productrices : celles qui grandiraient enfin, puisqu’elles ne brûleraient plus.

    En Balagne, il ne manque pas grand-chose, on a de vastes territoires avec des jeunes forêts de 15-25 ans, qui ont un besoin urgent de nettoyage, et qui sont en train de devenir productives en biomasse.

    Tout ça devrait se calculer précisément, mais avec notre densité de population et l’étendue de nos forêts, si ce n’est pas faisable chez nous, ce n’est faisable nulle part. En tout cas, pour 10% des foyers corses en plus de ceux qui se chauffent déjà au bois, je n’ai aucun doute.

    Dans le marché actuel, ce ne serait pas rentable sans aide. Mais il ne faut pas oublier que notre électricité est soutenue à près de 60% par le service public de l’électricité. Normalement, on devrait la payer plus de deux fois plus cher. Si on donnait la même aide à la filière biomasse, elle serait rentable.

    fabien

    3 mars 2011 at 11:25

  3. Pour compléter :
    La région Corse est globalement la plus boisée de France métropolitaine.
    Elle est aussi l’une des trois régions de France métropolitaine où la forêt a progressé le plus vite ces 30 dernières années. Malgré les incendies.

    Étonnant, non ?

    Source : http://www.ifn.fr/spip/spip.php?rubrique11

    fabien

    4 mars 2011 at 19:38

  4. J’adore les billets « techniques »! Pourrait-on imaginer qu’une sélection des meilleures idées soit présentée, sous forme d’un petit livret d’inspiration, aux décideurs politiques? Par exemple à l’équipe qui travaille sur le PADDUC?? Les lecteurs du blog pourraient voter pour choisir les 5 ou 10 meilleures idées… Fabien tu as peut-être déjà prévu celà?

    pusillus

    5 mars 2011 at 11:37

    • Dès que tout ça forme un ensemble cohérent, j’écris un livre, promis.

      fabien

      6 mars 2011 at 07:56

  5. Pour résoudre en partie le pic de pollution de l’eau provoquée par l’augmentation de la population en été (dont une partie me semble être d’origine corse), peut-être pourriez-vous utiliser les lentilles d’eau ?
    Pierre Prakash a fait un article à ce sujet dans Libé, il y a quelques années :
    http://www.liberation.fr/economie/0101108537-l-inde-cuisine-les-eaux-usees-aux-carpes-et-aux-lentilles

    Tis

    10 mars 2011 at 16:43

  6. du tourisme vert en Corse?
    ah non pas question, on vient pour le sable dorée et la mer bleue…

    Jeuf

    10 mars 2011 at 16:47

  7. non plus sérieusement : écrêter je veux bien, d’ailleurs on viendra en juin.

    Jeuf

    10 mars 2011 at 16:51

  8. Pas mal, la phytoépuration par les lentilles! Malheureusement c’est toutes les infrastructures qu’il faudrait « agrandir » pour suivre l’accroissement du nombre de touristes. Par exemple l’Ile Rousse souffre d’embouteillages chroniques en été (je vous assure, c’est carabiné…). Alors faut-il dépenser des milliards d’euros pour faire un périphérique à l’Ile Rousse? pour refaire le réseau d’égoûts génois de Calvi? pour agrandir le port de Bastia? l’aéroport de Figari? la décharge de Tallone? tout ça pour n’être « que » 300 000 dix mois sur douze… on sent tous que c’est un peu absurde. La difficulté, il me semble, est que les élus prennent leurs responsabilités et osent aller à l’encontre des intérêts individuels de nombreux particuliers qui apprécient gagner assez en deux mois pour être relax le reste de l’année.

    pusillus

    10 mars 2011 at 20:12

  9. Il y a aussi une longue histoire concernant les infrastructures routières et Ile-Rousse. Y’a de quoi faire un article complet tellement c’est emblématique de la situation actuelle.
    En très simple : une abominable déviation qui n’en finit pas d’être repoussée. Un plan alternatif génial. Et personne d’efficace pour soutenir ce plan.

    fabien

    12 mars 2011 at 20:01


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