1000 idées pour la Corse

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Idée n°73 : multiplier les poissons

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Parmi les participants assidus au Forum des Citoyens Actifs de Balagne, nous avons l’honneur de compter Jean-Marie Dominici, directeur de la réserve naturelle de Scandola. Pardonnez le blasphème, mais Jean-Marie est encore plus fort que Jésus pour multiplier les poissons : la réserve de Scandola est l’une des plus belles réussites mondiales de sauvegarde de la biodiversité marine et la vie marine y prospère.

Sauvegarder les ressources halieutiques de la planète est un des grands défis écologiques de notre civilisation. La surpêche menace gravement les stocks mondiaux, et déjà la biomasse de certains poissons s’est effondrée de 90%. Mais pas à Scandola, qui émerveille encore Albert Falco, l’ancien capitaine de la Calypso et bras droit de Cousteau, tant on y trouve encore une vie similaire à celle qu’il a connue dans les années 40.

Il existe en effet principalement deux méthodes pour lutter contre cette surpêche. La première consiste à instaurer des quotas aux pêcheurs. La difficulté étant de calculer ces quotas au plus juste, de s’entendre internationalement sur les niveaux de prélèvements acceptables, et, bien entendu, de les faire respecter. En pratique, ça ne marche pas du tout, il y a toujours des malins pour pêcher plus qu’autorisé et des états pour refuser de jouer le jeu.

La seconde méthode consiste à créer des réserves, des zones protégées dans lesquelles la vie marine peut s’épanouir. De ces sanctuaires essaiment de jeunes poissons ou des oeufs capables d’augmenter sensiblement la ressource sur des zones bien plus vastes que la réserve elle-même. Il n’est alors pas nécessaire d’instaurer des quotas pour garantir la pérennité de la ressource. Et il est bien plus facile de vérifier qu’un bateau n’entre pas dans une zone définie que de vérifier le volume de sa cargaison. Outre les réserves, il existe aussi des cantonnements de pêche, au statut plus précaire, gérés par les pêcheurs eux-mêmes.

Étonnamment, il suffit de surfaces minimes pour avoir un impact déjà considérable sur les prises des pêcheurs de la région. Réticents au début, les pêcheurs de Balagne ont pu constater les progrès liés à la réserve marine de Scandola, réserve de seulement 650ha (pour comparaison, la superficie totale de la Corse, c’est plus de 800 000 hectares). Et la zone de réserve intégrale, seule zone où la pêche soit réellement totalement interdite, est encore plus petite.

Selon Jean-Marie Dominici, il suffirait de trois réserves comme celle-ci en Haute-Corse (Agriate, Cap Corse et Plaine orientale) pour assurer une ressource abondante aux pêcheurs locaux. Un pourcentage infime du linéaire côtier (environ 2%).

Bien entendu, ces réserves seraient insuffisantes pour assurer le maintien de la ressource en grands poissons tels que le thon. Pour cela, il faudrait des réserves en haute mer, bien plus conséquentes. Greenpeace préconise ainsi que 40% des océans mondiaux soient classés en réserves de pêche, ce qui garantirait selon eux la ressource. A en juger par l’efficacité rencontrée à Scandola, il est bien possible que les surfaces requises soient en fait inférieures à cela. Ce ne serait pas une grande contrainte pour assurer la pérennité d’une ressource aussi importante (pis aussi un peu pour sauvegarder la biodiversité).

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Written by fabien

1 avril 2011 à 19:57

Publié dans Réflexions techniques

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8 Réponses

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  1. Ben pour une fois, je suis plus pessimiste que toi… l’état des stocks de poissons à l’échelle de la planète est catastrophique. Plus de 70% des stocks en Europe sont surpêchés. Le Commissaire européen aux pêcheries en pleure sur son bureau (juré, je l’ai vu!!). Les scientifiques ne sont pas écoutés par les syndicats de pêcheurs. Et les états suivent plutôt les électeurs que Greenpeace. L’ensemble de la flotte européenne est en sur-capacité (les engins de pêche permettraient de pêcher 2,5 fois plus que les quotas). Vu le coût et la difficulté des contrôles, le dépassement des quotas – eux-mêmes trop élevés par rapport aux recommendations des scientifiques – est la norme. Certes les réserves de pêche font beaucoup de bien localement. Mais d’après les analyses à long terme, celà ne suffira pas. Les experts prédisent la fin définitive de la pêche industrielle 2050 au plus tard (cf D. Pauly). Après, il ne faut pas oublier que la très grande majorité des eaux usées vont à la mer et que la très grande majorité de ces eaux ne sont en aucune façon traitées. Ce problème est bien marqué en Méditerranée qui est un bassin d’évaporation (l’eau et les « crasses » arrivent par les cours d’eau, et l’eau repart par évaporation – restent? … les crasses! Elles se concentrent d’année en année. En fin de compte, vaut peut-être mieux qu’il n’y aie plus de poissons car ils ne seront plus vraiment comestibles. Manger du poisson, c’est un peu comme manger du panda aux PCBs.

    D’où l’intérêt de la pisciculture à la Sepp Holzer, la piscipermaculture ? 🙂

    pusillus

    1 avril 2011 at 22:23

  2. Les experts prédisent la fin définitive de la pêche industrielle 2050 au plus tard (cf D. Pauly)
    D’autres experts ne sont pas d’accord avec lui, notamment Ray Hilborn.
    La surpêche c’est en un sens un peu comme le climat, le problème est très complexe et polymorphe (trop pour être résumé par un slogan de Greenpeace) et on a tendance à en dire trop par rapport à ce qu’on en sait réellement.
    C’est aussi un problème qui ne date pas que de l’ère industrielle http://floridarivers.ifas.ufl.edu/Carl%20Class/2011/Longhurst%20(2006)%20myth%20sustainability.pdf

    Koldo L.

    2 avril 2011 at 09:36

  3. Voir sur ce pdf page 5 un article de Hilborn sur la surpêche
    http://www.conservationgateway.org/sites/default/files/Science%20Chronicles%202010-11.pdf

    Koldo L.

    5 avril 2011 at 11:27

  4. « Ce problème est bien marqué en Méditerranée qui est un bassin d’évaporation (l’eau et les « crasses » arrivent par les cours d’eau, et l’eau repart par évaporation – restent? … les crasses! Elles se concentrent d’année en année »
    J’espère qu’il y aura des toilettes sèches là où je vais, que je contribue pas à ça en corse.

    Sinon, avec 300 g de maquereau/sardines (tout compris) consommé par semaine, est-ce que ma consommation de poisson est soutenable? est-ce que je contribue à la déplétion halieutique?

    Jeuf

    5 avril 2011 at 16:36

  5. Mais mais mais…Koldo est en vie?

    Sinon, c’est un poisson, ces 625 ha qui ensemmence des dizaines de milliers d’autres…

    Jeuf

    5 avril 2011 at 16:59

  6. Ah j’aimerais que Hilborn – qui par ailleurs n’est pas fan des réserves marines – me convainque que la surpêche n’est qu’une vue de l’esprit. La vision de quelques paranos adorateurs du culte de la fin du monde… mais je ne sais pas pourquoi, j’ai des doutes sur ce mec.
    Loin d’être une spécialiste de la pêche, les rares fois où j’ai essayé de « gratter le vernis » pour voir la science derrière le blabla, je suis restée rêveuse devant les approximations. Les difficultés d’estimer les stocks, et plus encore leur niveau « d’origine » (?). Quand on n’a déjà pas ces données-là, les modèles sont moyennement convaincants. Estimer les stocks à partir des prises débarquées, c’est franchement limite comme point de départ. Y a qu’à lire les échanges Pauly/Hilborn ici http://www.greendump.net/tag/ray-hilborn pour se dire qu’on n’est pas sûr de grand chose.
    Sinon, pour les ministères des pêches qui envisagent la mer juste comme une ressource à exploiter – et pour les équipes de recherche qu’ils financent à coups de millions – les modifications des écosystèmes ne sont pas forcément problématiques. On en tirera toujours bien quelque profit, les sardines de Fukushima muteront peut-être en thon rouge… qui sait!
    En plus, les contrôles sont une goutte d’eau dans la plupart des océans, du coup il y a un abîme entre les règlementations et la réalité.
    Bref, pas assez de principe de précaution à mon goût, je préfère un oeuf à la coque (d’une poule qui mange du lin et pas de la farine de poisson) et garder ma sardine pour les grandes occasions :-))
    N’empêche la Scandola, c’est beau, ouf.

    pusillus

    6 avril 2011 at 10:18

  7. A mon avis, il suffit de comparer les poissons qu’on trouve à Scandola et ceux qu’on trouve quelques dizaines de km plus loin pour avoir une idée de la diminution de la biomasse animale marine, et aussi une idée de l’efficacité du principe des réserves.
    On a constaté une diminution de 50% de la taille moyenne des poissons pêchés dans le monde en 50 ans. Mais c’est pas grave, Météo France (ou Findus) nous pondra toujours un rapport pour affirmer que c’est la faute au réchauffement climatique.
    http://www.20minutes.fr/article/643143/economie-findus-crie-penurie-poisson-cause-rechauffement-climatique-

    fabien

    7 avril 2011 at 13:24


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