1000 idées pour la Corse

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Idée n°83 : ouvrir la chasse à l’éléphant blanc

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L’éléphant blanc est une espèce invasive terriblement insidieuse, particulièrement adaptée aux climats tropicaux, mais qui a tendance à remonter récemment vers le nord (avec le réchauffement climatique, ou la crise économique, ou l’abondance du crédit, je sais pas). La où ils prolifèrent, les éléphants blancs ne laissent bientôt que désolation et désespoir. Ils colonisent d’abord les esprits, puis apparaissent dans le paysage, à la faveur des plans de développement, ordinaires ou exceptionnels. Il en existe de toutes les dimensions, et les plus petits ne sont pas les moins dangereux.

En économie et travaux publics, un éléphant blanc est une réalisation prestigieuse, mais dont le coût est supérieur au bénéfice (enfin, bénéfice pour le public, parce qu’intérêt particulier et éléphant blanc font assez bon ménage) : c’est la bretelle d’autoroute jamais utilisée, le rond-point parfaitement inutile, le barrage qui ne sert qu’à alimenter le gaspillage, le palais des congrès toujours vide, le modèle d’avion qui se révèle inadapté, etc.

La plus grande prolifération d’éléphants blancs de l’histoire s’est produite dans les pays alors dits du « tiers-monde », dans les années 70. A l’époque, le premier choc pétrolier remplit soudain les caisses des pays de l’OPEP, ou plutôt de leurs dirigeants. Qui s’empressent de placer leurs avoirs dans les banques du nord. Lesquelles banques se demandent bien ce qu’elles vont pouvoir faire de tout ce pognon. Et trouvent amusant de le prêter à des pays pauvres pour la réalisation de grands projets de développement.

Projets dont on se soucie bien peu de l’utilité réelle. Ce qui compte, c’est de placer des prêts qui rapporteront des intérêts. C’est ainsi que l’Afrique, notamment, se retrouve au début des années 80 criblée de dettes. Dettes contractées par des dirigeants corrompus, qui ont touché leur commission au passage, et que les peuples n’ont pas fini de rembourser. Tandis que les éléphants blancs, barrages immenses, routes désertes, finissent de tomber en ruines.

La Corse est depuis quelques années dans la situation de l’Afrique des années 70. Avec quelques nuances, bien entendu : certes, nous recevons des flux monétaires très importants, mais pour partie (70% en ce qui concerne le PEI, plan d’investissement exceptionnel), ils nous sont donnés, et non pas prêtés. Nous ne sommes évidemment pas non plus un pays du tiers-monde (d’ailleurs, ça ne se dit plus). Nos dirigeants, même s’ils ne sont certainement pas exempts de tous reproches, ne sont certainement pas corrompus comme pouvaient l’être des chefs d’état africains.

En revanche, ce qui est patent chez nous, c’est une propension à accueillir favorablement n’importe quel projet de développement, pourvu qu’il nous donne l’impression que nous rattrapons notre retard en infrastructures. Heureusement, du fantasme à la réalisation, il y a souvent des délais, mais l’autoroute Bastia-Ajaccio fait rêver bien du monde, de même que des projets de golfs 18 trous au milieu de nulle part, ou encore des grands projets de contournement de villes ou de tunnels routiers alors que des plans alternatifs bien moins dispendieux et tout à fait efficaces existent.

A Ile-Rousse, la situation des transports est catastrophique depuis des décennies. La ville est saturée chaque été. Un embouteillage monstre se forme deux fois par jour, de début juillet à début septembre. La solution ? Évidente. Un éléphant blanc, ou plutôt deux, sous forme de déviations terriblement coûteuses. 50 millions d’euros pour le premier projet, le plus petit, qui défigure toute une vallée. 300 millions d’euros au moins pour le second, déviation gigantesque avec un tunnel de 4 km. Le tout pour détourner le trafic de seulement 700 véhicules par heure en période de pointe au mois d’août (sachant qu’une seule voie de circulation, fluide, à 30km/h, avec un véhicule tous les 15m, permet de faire passer jusqu’à 2000 véhicules à l’heure, on se dit qu’il faut être vraiment mauvais pour ne pas trouver une solution simple).

Pourtant, une telle solution existe. Un ingénieur des mines a réalisé, pour une « association de sauvegarde du bassin de vie d’Ile-Rousse », un plan alternatif bien moins coûteux et terriblement bien pensé. Un vrai projet avec des morceaux d’intelligence dedans. Qui n’a jamais séduit aucun élu, faute d’une promotion suffisamment efficace, il faut bien le dire.

C’est pourtant de ce type de projets dont la Corse a besoin. Des dépenses modérées, et de l’intelligence, le plus possible d’intelligence, pour un véritable développement durable. Il semblerait que la nouvelle collectivité territoriale ait compris cela : aux dernières nouvelles, la déviation d’Ile-Rousse ferait débat, ce qui fait évidemment hurler certains élus locaux qui, pendant 40 ans, n’ont pas bougé le petit doigt pour améliorer les choses, trouvant tellement plus simple d’attendre que tombent les millions.

La chasse aux éléphants blancs serait- elle enfin officiellement ouverte en Corse ? Ce serait la meilleure nouvelle de l’année.

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Written by fabien

12 juillet 2011 à 20:42

Publié dans Culture générale

3 Réponses

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  1. Votre article est très intéressant ; je crains cependant que vous ne fassiez preuve de naïveté quand vous écrivez :  » Il semblerait que la nouvelle collectivité territoriale ait compris cela ». Compte tenu des enjeux qui se jouent en Balagne, la décision de la CTC en ce qui concerne la déviation d’IR relève plutôt du règlement de compte. Si la corruption n’atteint pas des sommets, elle existe néanmoins. Sinon comment expliquer la situation coloniale dans laquelle on nous maintient ? Ceci dit, le tir à vue sur les éléphants blancs,ça ne changera rien mais ça soulagera un peu. Ça ne changera rien parce que c’est une espèce qui se régénère telle l’hydre (il faudrait couper toutes les têtes en même temps). Mais on peut rêver. C’est bien la seule liberté qui nous reste.
    MSN

    MSN

    14 juillet 2011 at 09:43

  2. Bah, si un règlement de compte peut retarder un projet débile, c’est toujours ça de pris.
    Maintenant, pour Ile-Rousse, la faute est aux Balanins, aussi, de ne pas être capables de se battre pour des projets alternatifs. On ne peut pas reprocher à nos élus de ne pas écouter ce que nous ne leurs disons pas.

    fabien

    16 juillet 2011 at 12:03

  3. Que l’on dise ou non, ils n’écoutent pas. Parce qu’ils ne sont pas là pour ça ni pour travailler au bien commun d’intérêt général. Ils sont là pour être là ; leur métier est d’être élus, réélus, toujours et encore. Et si possible de père en fils et fille, et ce quelque soit le camp politique et le niveau dans la hiérarchie. Du petit maire de petit village au plus haut de l’échelle. Gardons le moral quand même.
    MSN

    MSN

    18 juillet 2011 at 07:43


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