1000 idées pour la Corse

1000 idées pour la Corse et pour le monde

Idée n°105 : pas putter plus haut que son cul

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(page d’information sur les projets de golf en Corse, régulièrement mise à jour)

L’histoire (pour moi) a commencé il y a deux ans. Alors que je batifolais joyeusement dans les insouciantes prairies de l’agroécologie, une lectrice de 1000 idées me rappelait brutalement à la réalité : tandis que d’estimables conseillers territoriaux tels Pierre Ghionga ou Maria Guidicelli parlaient de plus en plus d’autonomie alimentaire, de préservation du foncier, de soutien enfin sérieux à une agriculture renaissante, parallèlement, l’Agence du Tourisme de la Corse (ATC) nous préparait un coup de Jarnac sous la forme de projets de golfs 18 trous à la douzaine tout autour de l’île.

Dont deux en Balagne, sur lesquels aucune concertation n’avait jamais eu lieu, dont on nous dit alors qu’ils n’étaient que des débuts de commencement de projets qui seraient soumis à l’approbation de la population, mais dont, curieusement, déjà en 2011, circulaient les plans détaillés. L’un à Calinzana, près de l’aéroport ; l’autre sur les communes de Nesce et Filicetu ; sans parler de l’éventualité d’agrandir l’actuel golf du Reginu.

Deux ans sont passés, durant lesquels aucune information précise n’a filtré de l’ATC. Jusqu’à ce que, il y a quelques semaines de ça, réapparaissent enfin ces projets de golfs, dont l’imminence se précisait, puisqu’on en était à préparer l’approbation du lancement du projet par l’assemblée de Corse. Les Balanins n’avaient toujours pas été consultés (y compris les instances citoyennes constituées comme le Conseil de Développement du Pays de Balagne), et pourtant, on s’apprêtait à demander à l’assemblée de Corse d’approuver « le projet de construction d’établissements golfiques en Balagne », et d’autoriser « le président du Conseil Exécutif de Corse à préparer et signer tous les documents nécessaires à la réalisation du projet ».

En clair, le projet est déjà très avancé. Et pourtant…

Pourtant, les Balanins n’ont pas été consultés.
Pourtant, la rentabilité de tels projets est plus que douteuse.
Pourtant, il semble bien que la réalisation technique soit largement compromise sur les sites prévus.
Pourtant, les golfs, dans toute la France, subissent une importante crise.
Pourtant, c’est le financement public qui serait largement sollicité.
Pourtant, il y a en préparation en Corse un PADDUC, et en Balagne un SCOT, sans l’accord desquels ces golfs ne pourront pas se faire.

Ce qui suit s’appuie sur le rapport présenté à l’assemblée de Corse, sur la lettre de Vanina Pieri à Dominique Bucchini en réponse à Marie-Simone Nobili, sur le relevé de conclusions du Conseil d’Administration extraordinaire du Conseil de Développement du Pays de Balagne du 6 avril dernier (ICI) et sur différentes sources, citées au cours du texte.

Processus démocratique pulvérisé
Il faut savoir que la Balagne est un peu une région pilote en matière de gouvernance démocratique. Elle est constituée d’un « Pays », sous forme d’un syndicat mixte et d’un conseil de développement. Le Pays de Balagne est notamment chargé d’élaborer, en lien avec la CTC, le Schéma de Cohérence Territoriale de la Balagne (SCOT), et, plus spécifiquement en lien avec l’Office de l’Environnement, un Agenda 21.

En résumé, on a confié au territoire la charge de décider, en partenariat avec la CTC, de la manière dont il envisage son développement. Notamment, c’est le SCOT, en accord avec le PADDUC, qui doit décider de la présence ou non, et le cas échéant de l’emplacement, des équipements structurants de la Balagne : routes, logements, infrastructures diverses, et notamment touristiques. Et jusque-là, le processus fonctionnait plutôt bien.

Le Pays a mis en place plusieurs commissions de bénévoles remarquablement assidues, qui ont déjà réalisé un travail considérable, avec la volonté de réaliser en Balagne un véritable exercice de démocratie coopérative.

Et voilà que, parallèlement, l’ATC prépare depuis quelques années, dans le flou le plus total, des projets de développement golfiques en Corse, et plus spécifiquement en Balagne. Pourquoi les citoyens balanins, dont on loue par ailleurs le travail exemplaire à la CTC, ont-ils été totalement mis à l’écart de ce projet ?

On nous rebat les oreilles à propos d’« acceptabilité sociale ». Mais le meilleur moyen de faire accepter un projet est-il de le monter en catimini et de mettre la population devant le fait accompli, quand trop d’argent a déjà été dépensé pour pouvoir faire machine arrière ? D’autant plus quand on se situe dans une région dans laquelle des dizaines de citoyens œuvrent concrètement et quasi-quotidiennement à un projet cohérent ?

Projet mal ficelé
La proposition de délibération de 13 pages qui est censée être soumise à l’approbation de l’assemblée de Corse affirme beaucoup de choses. Par exemple, que le golf a « l’avantage de participer à l’étalement des séjours » (page 2), que les clientèles concernées « viendront en Corse toute l’année » (page 3), que l’activité des golfs français est avérée et les touristes concernés à forte valeur ajoutée (page 4), que le nombre de licenciés à progressé de 40% en 10 ans (page 4).

Ne demandez pas de références pour toutes ces affirmations et toutes celles qui suivent, il n’y en a aucune dans le rapport. Quelle étude de marché conclut que les clientèles concernées viendront vaillamment golfer en moufles au cœur de l’hiver, quelles statistiques précisent la saisonnalité de l’activité golfique ou montrent une activité satisfaisante des golfs français, ou bien l’évolution de leur chiffre d’affaires depuis l’éclatement de la crise économique en 2008-2009, ou encore de quelles années de référence on parle quand on dit « en dix ans », vous ne le saurez pas.

L’absence totale de référence, de sources statistiques est à mettre en regard des jolies expressions anglophones qui parsèment le texte, sans la moindre explication : « green fees », « pro-shop ». On suppose sans doute que le lecteur, émerveillé et un tant soit peu impressionné par toute cette culture anglaise – l’Anglais, c’est la langue des businessmen avisés – laissera son esprit critique de côté.

On est content quand même d’apprendre (page 7) qu’on a particulièrement pensé à assurer « la rationalisation de la planification des flux financiers prévisionnels sur la base d’un plan de financement ». Ouf, on est rassuré ! Jusqu’à la page 8, en fait, où on découvre que ce plan de financement pour un investissement total d’une douzaine de millions d’euros (12 000 000 €) tient en un tout petit tableau de 8 lignes, dont aucune n’est réellement explicitée ! (quand je pense que pour demander 500 euros de subvention pour une association, on nous demande un dossier de 12 pages avec prévisionnels détaillés !).

Sur les 13 pages du dossier, il n’est nulle part fait mention du golf de 9 trous qui existe déjà dans la vallée du Reginu. Vanina Pieri en parle en revanche dans sa lettre, avec quelques détails, y compris des chiffres de surfaces de terrain à acquérir et l’estimation du coût de l’opération. Mais pourquoi alors ceci n’a-t-il pas été indiqué sur le rapport soumis à l’assemblée ? Envisage-t-on de faire deux golfs en plus de l’agrandissement du Reginu, ou bien deux golfs incluant l’agrandissement du Reginu ? Ce n’est pas précisé.

Quant à la réelle possibilité de pouvoir construire ces golfs aux emplacements prévus, elle est elle-même douteuse : le PLU de Calinzana (voir plus bas) ne permettrait pas, selon le Maire de la commune lui-même, la construction d’un golf ; le projet de Nesce, sur un affluent du Reginu, en amont du barrage qui alimente en eau potable toute la Balagne ne serait pas acceptable écologiquement ; quant à l’agrandissement du golf existant, elle serait soumise à la possibilité d’obtenir les surfaces nécessaires, ce qui, en ma connaissance du dossier et de la situation du golf, est douteux, les terrains alentour étant largement des terrains agricoles régulièrement exploités par des agriculteurs qui tiennent à conserver leur activité, et la zone étant largement protégée, comme la lettre de Vanina Pieri le précise d’ailleurs (page 2) : « Natura 2000, ZICO,  ZNIEFF, ZPS ».

Contradictions multiples
* Une première contradiction abondamment remarquée réside dans le titre même du rapport : « Projet de construction d’équipements golfiques en Corse  », alors que le rapport se focalise exclusivement sur la Balagne. Admettons.

* On apprend (page 3 du rapport) que la Balagne « souffre néanmoins de l’indigence des transports »,  mais (page 4) que l’un des facteurs qui « retiennent la clientèle » est la qualité des infrastructures de transport, puis (page 4) que « le paramètre essentiel du succès d’une installation golfique réside dans son emplacement », avant de proposer d’installer une (ou deux ?) de ces installations dans la vallée du Reginu, particulièrement mal desservie au sein de cette Balagne et à distance respectable de toutes les infrastructures hôtelières.

Puisque les infrastructures de transport et l’emplacement sont fondamentaux dans les chances de réussite, installons donc notre golf dans le pire emplacement possible et loin des routes. Apparemment, en matière de green, on ne consomme pas que des graminées, à l’ATC.

* La rentabilité des équipements nous offre une autre perle de la part de Vanina Pieri.
A l’affirmation de Marie-Simone Nobili, selon laquelle « il n’existe pas de golfs rentables sans promotion immobilière », Vanina Pieri répond que « cette affirmation est fausse car il existe […] des golfs publics réalisés par des collectivités… ».

Pourtant, le rapport à l’assemblée, (page 7), nous apprend que le coût global de l’opération est « très négatif » quel que soit le type de golf, et que la rentabilité de l’opération est négative dans le cas d’un golf de proximité, faible ou neutre dans le cas d’un golf de prestige, et ne devient positive (très positive, même) que dans le cas d’un golf « intégré ». En clair, pour contrebalancer un coût global « très négatif », on ne peut guère compter sur un golf de proximité. Seul le golf « intégré » semble à même d’assurer la rentabilité de l’opération, selon le rapport lui-même.

Fort judicieusement, ce même rapport nous avait donné (page 5) la définition d’un golf « intégré » : « Il correspond au modèle plus traditionnel de la combinaison d’opérations économiques issues de l’investissement golfique et immobilier et/ou hôtelier. Il répond, en grande partie, à une logique financière de retour sur investissement et permet d’obtenir des retombées économiques importantes sur le territoire, liées aux activités de construction et à la présence des structures de loisir ».

D’ailleurs, on nous le dit page 9, il faut compter sur des « recettes complémentaires (ex : loyers versés par les brasseries, pro-shops…) ». Ah bon ? Et ces brasseries et ces magasins seraient en plein air ? Ils ne seraient pas liés à de l’immobilier, n’auraient pas droit à des murs justifiant ces loyers nécessaires à la rentabilité des structures ?

La difficulté de rentabiliser un golf de proximité est par ailleurs affirmée par un spécialiste de la question : « Un golf classique à cet endroit n’a strictement aucune possibilité d’être auto rentable. Des golfs municipaux de communautés d’agglo de plus 40 000 habitants ne le sont pas (je connais des exemples déficitaires de 100 000€/an) ». Si un golf est difficilement rentable pour 40 000 habitants, alors deux ou trois golfs pour 25 000 habitants auraient du mal à être rentabilisés par les licenciés du coin, et à ce titre, il faudrait peut-être prendre l’avis des gérants du golf du Reginu, qui ont peut-être une idée précise du potentiel de licenciés balanins. Quoi qu’il en soit, cet avis conforte plutôt l’idée que c’est bien le tourisme qui assurera la rentabilité de ces golfs, pas la clientèle de proximité.

* On parle de service public et de démocratisation, de projet « ouvert et accessible à tous » (lettre, page 2), mais, outre que nous venons de voir qu’un golf « de proximité » ne serait absolument pas rentable, on apprend que le coût de l’abonnement sera de 1500 euros annuels, et le « green fee » moyen sera à 91 euros par personne et par jour (rapport, page 9). Ajoutez à ça les équipements, le transport, la restauration, et les licenciés en auront au moins pour 2000 euros annuels. Les petits salaires et les saisonniers dont la Balagne regorge apprécieront l’effort de démocratisation et d’ouverture.

En fait, l’ATC est bien embêtée sur la question du coût d’accès à la pratique du golf. Elle a besoin de prétendre que cette activité est accessible à tous, afin d’assurer la fameuse « acceptabilité sociale » du projet. Mais elle a besoin de montrer que chaque pratiquant rapporte suffisamment de chiffre d’affaires pour essayer de présenter un plan de financement qui tienne la route. Pas grave, il semble qu’à l’ATC on se sente suffisamment d’ambition pour résoudre la quadrature de la balle de golf.

* Dans une interview donnée par le maire de Calinzana, Pierre Guidoni, à la chaîne de télévision balanine « Télé Paese » (nutiziale du 11 avril 2013), après avoir expliqué comment et où le golf serait réalisé (on a même une interview du propriétaire du terrain pressenti), Monsieur Guidoni affirme que de toute façon, le PLU de Calinzana ne permet pas la réalisation d’une telle infrastructure.

(EDIT : Interrogé lors de la réunion publique du 21 avril, il apparait que l’information délivrée par l’ATC à Monsieur Guidoni était quasiment inexistante, ce qui explique les hésitations de celui-ci dans l’interview).

Ici, l’interrogation est multiple : le projet semble déjà ficelé à la parcelle près, l’heureux propriétaire qui touchera le jackpot semble connu, mais pourtant on n’a pas le droit de réaliser ce projet, et selon Vanina Pieri, on n’en est de toute façon qu’à la phase d’opportunité (lettre, page 1). Ah bon ! Et il semble qu’on soit sur les terres d’un agriculteur, pourtant on nous dit bien (rapport, page 10) que « seule la classification en zone N (Naturelle) […] permet la construction d’un golf ». Et qu’il conviendrait de choisir un terrain au classement approprié « afin d’éviter des diligences préalables quant à la classification juridique du terrain ».

Je ne peux qu’approuver : gardons-nous des diligences, parce que là, visiblement, l’embrouille de l’ATC est digne du Far-West.

Totale démesure
Comme le souligne la prise de position du Conseil de Développement du Pays de Balagne, si deux golfs venaient à être mis en œuvre en Balagne, « c’est donc un réseau d’un golf pour 10 000 habitants, soit plus de 30 pour l’ensemble de l’île, qui se profilerait à l’horizon de notre développement. De quoi rendre jaloux simultanément toute l’Ecosse.. et les tenants de l’ancien PADDUC… ». Rien à ajouter, si ce n’est que ce sont même trois golfs qui sont potentiellement envisagés : un à Calinzana, pour 5,6 millions d’euros ou peut-être 6,48 millions, un dans le Reginu, sans précision, pour 6,5 millions d’euros, et l’agrandissement du golf du Reginu existant, pour 1,7 millions d’euros plus 600 000 de rénovation( lettre de Vanina Pieri, pages 1 et 2).

Évidemment, pour que fonctionnent des équipements aussi démesurés, il faut envisager une affluence démesurée. On compte en France 400 000 licenciés de golf, soit 0,6% de la population. Rapporté à la Balagne, en partant sur la base de 25 000 habitants d’ici quelques années, cela nous donnerait un potentiel de 150 licenciés pour la Balagne.

Page 8, dans le micro-plan de financement, on apprend que les deux golf concentreraient environ 80% des parts de marchés des licenciés (à peu près 40% chacun). On ne sait pas exactement s’il s’agit des licenciés de Balagne, de Haute-Corse, de Corse entière, ou autre chose. Ce n’est pas explicité. On sait en revanche que ces licenciés sont censés représenter 43% du chiffre d’affaires des structures (ne demandez pas comment est calculé ce chiffre, évidemment).

80% de 150, ça nous ferait 120 licenciés balanins pour nos deux structures. Notons au passage que, si on s’attend à ce que ces structures ne captent que 80% des parts de marché, c’est bien qu’il est envisagé une troisième structure pour capter les 20% restants.

Or, ce sont 600 licenciés sur ces deux golfs qu’envisage le rapport, page 9. D’où viendraient les 500 licenciés supplémentaires ? D’un engouement subi des Balanins pour le golf (additionné à la soudaine capacité d’aligner dans les 2000 euros par an pour assouvir régulièrement et durablement leur nouvelle passion) ? De l’apport des Bastiais, enchantés des quatre heures de route aller-retour nécessaires à aller taper la baballe à Calinzana ? D’ailleurs ? On ne le saura pas. Là encore, nous ne sommes pas dignes d’être éclairés.

Le rapport admet cependant que « L’objectif peut paraître ambitieux » (page 9, toujours). On a le sens de l’euphémisme, à la CTC.

Investissement hasardeux
Un important élément de l’argumentaire de l’ATC est la progression importante du nombre de licenciés en France « en dix ans », laissant supposer que le sport serait en pleine explosion, et qu’il ne faudrait surtout pas rater le train. Pourtant, il semble bien que la crise frappe aujourd’hui de plein fouet le secteur, comme en témoigne cet article. Il semble en effet assez logique qu’un sport relativement coûteux comme le golf ait bénéficié de la forte croissance des années 2000, mais soit particulièrement sensible aux aléas conjoncturels.

L’avenir du tourisme, plus globalement, est douteux. Malgré de gros efforts de marketing, malgré l’ouverture de toujours plus de lignes aériennes vers la Corse, il semble bien que la fréquentation piétine. Difficile de le savoir avec certitude, d’ailleurs, vu que la publication des « enquêtes lourdes » qui donnaient tous ces chiffres avec précision sur le site de l’ATC se sont brutalement arrêtées après 2010. On ne saura pas exactement ce qu’il en a été de la fréquentation en 2011 et 2012. On sait en revanche qu’en 2012, selon Vanina Pieri elle-même, il y a eu « près de 3 millions de touristes en Corse ».

Chiffre remarquable, certes. Mais moins de trois millions de touristes représenteraient une baisse sensible par rapport aux 3,282 millions de 2010 (cf enquête lourde 2010, page 9).

Est-il raisonnable d’engager des millions d’euros dans des projets touristiques mal ficelés, en comptant sur la divine providence pour les rentabiliser, alors que, malgré des efforts intenses de marketing et de créations de lignes de transport, le tourisme recule en Corse depuis deux ans ? Alors que nous sommes parfaitement incapable d’apporter aux trois millions de touristes qui nous sont fidèles le début d’un commencement d’une offre de produits locaux de consommation quotidienne ?

Flou artistique
On nous dit que la collectivité financera une part de ces projets, mais aucune précision n’est donnée quant à la proportion de fonds publics envisagée (rapport, pages 7 à 9). On parle de 2 millions d’euros de fonds propres par golf, mais on ne précise pas qui les apporterait. D’ailleurs, impossible de comprendre précisément ce qu’envisage l’ATC à terme. Jusqu’à 3 golfs 18 trous semblent envisagés, nous l’avons vu : Reginu, Calinzana, Nesce. Pas facile de comprendre si le golf intitulé « Reginu 4 étoiles » est celui existant ou celui envisagé à Nesce.

On apprend (page 7) que la CTC a l’intention de proposer « un projet « agropastoral » ». On s’en réjouit d’avance, mais on se demande bien, précisément, ce que serait un golf agropastoral. Prévoit-on de laisser l’entretien des greens à une équipe d’ovins spécialement dressés pour couper l’herbe à 4mm maximum ? De laisser quelques oliviers entre les parcours, qu’on récoltera occasionnellement ? Autre chose encore ? Nous donne-t-on un exemple de golf agropastoral existant à étudier ? Rien de tout ça, on n’en saura pas plus, il nous est demandé de faire confiance aux autorités compétentes.

Pourtant, quand il s’agit de faire sérieux, le rapport ne lésine pas sur les décimales. On ne sait pas trop où se situerait le golf dans le Reginu, mais on sait qu’il capterait 43,08% des licenciés. Pas 40, pas 45, ni même 43 ou 44%. Non, 43,08%. De même, chacun des trois golfs possibles créerait, quelle que soit son ambition et sa configuration, exactement 9 emplois et demi (micro-tableau page 8). Pas 9, pas 10, non, 9,5. Précisément. Dans tous les cas de figure. On comprend bien qu’en fait, on n’en sait trop rien, mais arrondir à 10, ça ne faisait pas assez précis.

Il y a quelque chose derrière ces précisions : ça ne mange pas de pain et ça laisse penser qu’il y a un gros paquet d’ingénierie derrière ces résultats si précis. Des gens très savants et très diplômés qui se sont fait mal à la tête pour arriver à ces résultats si pointus et qui méritent de gros salaires d’ingénieurs ingénieux. Ca tombe bien, d’ailleurs, car Vanina Pieri nous annonce dans sa lettre qu’elle « tien[t] à souligner que le coût de cette ingénierie ressort généralement à près de 350 000 euros ». Coût qui semble d’ailleurs oublié dans le rapport. C’est cadeau, de la part de la CTC et des contribuables.

Ce rapport, d’ailleurs, qui en est responsable ? Sur quoi se base-t-il ? C’est l’ATC, si on comprend bien, qui a planché dessus, en s’aidant d’une étude commandée au cabinet Simeoni, et c’est le conseil exécutif qui le présente. Ce sont donc beaucoup de gens compétents et bien payés qui l’ont nourri et avalisé. Mais qui est exactement responsable du peu reluisant résultat ?

Et surtout, comment nous, Corses, pouvons-nous penser, à la vision de ce qui est fait là, que ces projets seraient menés avec tout le sérieux nécessaire au moment de leur réalisation, quand il semble si difficile de simplement élaborer un pré-projet théorique un tant soit peu cohérent ? Page 9, le rapport indique que « même si les niveaux de rentabilité à atteindre apparaissent élevés, ils semblent accessibles à des projets mis en marché professionnellement ». On en est heureux. On aimerait juste pouvoir espérer qu’il existe en Corse des professionnels suffisamment doués pour mener à terme une si improbable mission. On en doute, malheureusement.

Voilà. Le problème, encore une fois, c’est qu’on n’est pas dans la construction d’un modèle économique pour la Corse, mais encore et toujours dans une logique de coups médiatiques. Tour de France, destination golfique, agrotourisme, tout ça ne sert qu’à alimenter le discours des VRP du tourisme corse, qui vont vendre notre île dans tous les salons.

Peu importe que l’agriculture corse se meure et ne réponde pas au dixième de la demande, on enverra toujours plus de diplômés en marketing vendre toujours mieux les quelques exploitations de luxe qu’il nous restera.

Vous voulez l’acceptation sociale des golfs ? Commencez par respecter et encourager les structures citoyennes qui émergent sur cette île, en présentant aux citoyens l’intégralité des dossiers, bien en amont des décisions, auxquelles vous les associerez réellement. Et, allez savoir, peut-être que la qualité de vos projets s’en trouvera améliorée. Peut-être que des idées nouvelles vous viendront et que nous y gagnerons tous.

Poursuivez en garantissant que pour chaque hectare de golf, vous débloquerez 100 hectares à des agriculteurs en AOC, en bio, en biodynamie, en label rouge, en agroécologie, en permaculture, en agroforesterie… Que pour chaque euro investi dans des golfs, vous investirez 10 euro supplémentaire dans la formation et l’équipement d’agriculteurs en AOC, en bio, en biodynamie, en label rouge, en agroécologie, en permaculture, en agroforesterie…, dans la mise en place de circuits courts, dans la sauvegarde du patrimoine en pierre sèche, dans le financement des structures qui font vivre les territoires. Et là, je signe pour les golfs.

Mieux : commencez par ça. Vous pourrez alors réellement proposer à vos agrotouristes autre chose que des charcuteries industrielles, des tomates espagnoles ou du brocciu trafiqué. Et vous verrez que vous aurez votre « acceptabilité sociale du projet ». Vous aurez même plus que ça : vous emporterez l’adhésion de tous ceux qui ici, préféreraient travailler avec vous à une autre Corse plutôt que perdre leur temps à s’opposer sans cesse à vos projets mal ficelés, au détriment de tous.


Golf reginu

En matière de golf de proximité, l’actuel golf du Reginu n’est-il pas amplement suffisant ?

Retrouvez tous les articles de 1000 idées pour la Corse.

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Written by fabien

19 avril 2013 à 12:20

Publié dans Sans classement fixe

6 Réponses

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  1. Un collectif d’information et d’action sur les golfs (cullitivu d’informazione è d’azzione nant’à i golfi) a été créé pour organiser la réponse citoyenne à ces projets. Il possède un site internet : http://www.ciagolfi.blogspot.fr/

    Le Conseil de développement du pays de Balagne se propose quant à lui, « en coopération avec l’ensemble des élus et citoyens intéressés, de mettre en place un groupe ad hoc sur la pertinence et les conditions d’un projet golfique en Balagne. »

    Une réunion d’information se tiendra à Calinzana ce dimanche 21 avril 2013, à 18h, salle du préau.
    http://www.ciagolfi.blogspot.fr/2013/04/riunione-publica-in-calenzana-u-21.html

    fabien

    19 avril 2013 at 12:21

  2. Remarques complémentaires :
    Un des arguments avancés par l’ATC serait celui des retombées économiques des ces golfs pour la Balagne et toute la Corse : même si les golfs étaient déficitaires, ils occasionneraient un surcroit de fréquentation et donc de recettes pour les agents économiques du territoire.

    La Balagne reçoit actuellement, selon le rapport lui-même (page 3), 23% des séjours et 26% des nuitées du tourisme en Corse. Soit, sur la base de 3 millions de touristes et 30 millions de nuitées, environ 700 000 touristes et 8 millions de nuitées pour la Balagne.

    Or, le même rapport, page 9, envisage une rentabilité à 13 000 green fees par an. En supposant que tous ces green fees soient le fait des touristes seuls (c’est-à-dire que tous les Corses soient licenciés à l’année et qu’aucun Corse ne prenne jamais le moindre forfait à la journée) ; en supposant que ces 13 000 green fees soient le fait de 13 000 touristes différents (en supposant donc que ces touristes venus SPECIALEMENT en Corse pour ses golfs, arrivés ici, ne pratiquent qu’une seule journée) ;

    C’est donc 13 000 touristes de plus qui découvriraient émerveillés la Balagne grâce à ces golfs, s’ils atteignaient le seuil de rentabilité. Soit environ… 2% de touristes supplémentaires pour la Balagne, et 0,5% de touristes supplémentaires pour la Corse entière !

    On nous propose donc d’investir 12 millions d’euros pour attirer 0,5% de touristes en plus.

    A ce compte, pour, disons, attirer 10% de touristes en plus en Corse, il faudrait y créer près de 50 golfs et investir 250 millions d’euros.

    ***

    On met aussi en avant la création d’emplois. Or, selon le tableau page 8, on créerait sur les deux golfs 19 emplois. Là encore, pour 12 millions d’euros investis, c’est un chiffre ridicule. Un ratio de plus de 600 000 euros investis par emploi ! Le pire ratio jamais vu en économie. Le même montant investi dans la création d’emplois dans l’agriculture bio créerait facilement 200 emplois (60 000 euros pour un agriculteur bio, une fois qu’on lui a débloqué le foncier, c’est un capital de départ confortable (le montant maximal de la DJA, c’est de l’ordre de 36 000 euros) et encore, nos agriculteurs bios de Balagne, qui sont de vrais warriors, s’installent avec des montants d’investissement nettement plus faibles). Dans n’importe quelle typoe d’entreprise, d’ailleurs, 60 000 euros d’investissement par emploi créé représente un montant confortable.

    ***

    Il aurait été intéressant aussi d’avoir un peu d’infos sur l’actuel golf du Reginu. Quel est son état financier ? Est-il rentable ? A-t-il bénéficié de fonds publics et combien ? Quelle est sa saisonnalité ? Fonctionne-t-il avec des touristes ou avec des Corses ? Combien a-t-il de salariés ? De licenciés ? Quel serait l’impact sur ce golf de la création d’autres structures plus grandes et prestigieuses à proximité ? Etc..

    fabien

    19 avril 2013 at 12:22

  3. Très bon article. Cela avait probablement dû être publié dans un journal d’annonces poitevin! en tous cas un journal que lit effectivement M.Simeoni…
    http://emarches.ct-corse.fr:8080/interface/retrait/retraitAvis.do?org.apache.struts.taglib.html.TOKEN=026f51a3d3d0c829f95cde06c8a5d54e&reference=12S0057-00

    t.woods

    19 avril 2013 at 22:40

    • Merci, Mr. T.

      « La Collectivité Territoriale de Corse souhaiterait procéder à la construction de deux golfs de 18 trous permettant l’accueil de championnats dans un environnement complexe, en plus du grand public (scolaires, amateurs, touristes). La présente consultation à pour objet la réalisation d’une étude juridique et prospective du projet de construction de deux équipements golfiques en Région Corse ».

      fabien

      20 avril 2013 at 06:16

  4. Merci ;pour cette analyse de textes que nous ferons circuler avec ton accord ?

    ALLEGRNI

    20 avril 2013 at 09:05


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