1000 idées pour la Corse

1000 idées pour la Corse et pour le monde

Idée n°119 : remettre Facebook à sa place (1)

with 5 comments

Bonjour tout le monde. Désolé de ce long silence mais les derniers mois ont été tour à tour et/ou à la fois décevants,compliqués, difficiles et passionnants, et j’ai eu du mal à me consacrer à ce blog. Mais le printemps revient, et les billets de blog sont comme les feuilles des arbres (ou les fleurs des champs si vous aimez plutôt les fleurs), ils éclosent plus facilement aux beaux jours.

Pour commencer avec une ambition modérée, je me propose de vous parler d’un petit concurrent des blogs de nos campagnes, qui, malgré son absence totale de profondeur, ambitionne avec une inouïe prétention de concentrer une part considérable de l’activité cérébrale (et décérébrale) humaine.

Facebook est dangereux, mais je pense qu’on sait mal pourquoi. Les réseaux sociaux en ligne sont un phénomène trop récent pour avoir été vraiment compris. Internet, d’ailleurs ; est un phénomène trop récent pour avoir été vraiment compris (seuls les moins de 20 ans n’ont jamais connu de monde sans internet). Et si des gens fantastiques comme Benjamin Bayart ne sont plus aujourd’hui de parfaits inconnus (ne serait-ce que parce que je l’ai déjà cité quelques fois, si, si, souvenez-vous), il est probable que la majorité d’entre vous n’a jamais regardé une de ses grosses conférences jusqu’au bout (Et pourtant, ça vaut le coup. Merci d’ailleurs à Christophe M. qui se reconnaîtra de m’avoir fait découvrir il y a 6 ou 7 ans cet intéressant personnage, et pour Benjamin Bayart ministre du numérique, je signe tout de suite).

Ce qu’on reproche à Facebook classiquement, ce sont des histoires de vie privée, de temps perdu, ou de pétages de plomb. Tiens, cet article de haute volée recense 10 reproches effectivement souvent opposés au machin social. Je ne mets absolument pas en doute ces risques, mais je pense qu’ils nous font oublier l’essentiel.

L’essentiel n’est pas dans les conneries que nous faisons ou racontons sur Facebook, mais dans l’intelligence que nous y mettons. Le vrai danger est de faire ou dire des choses intelligentes sur les réseaux sociaux en ligne.

Je pense que Facebook est un jouet remarquable, et un porte-voix efficace. Il a des tas d’utilités, et une grande puissance de frappe si on l’utilise bien. L’erreur est de l’utiliser à des usages pour lesquels il n’est pas fait, et notamment penser ou discuter sérieusement. J’avais commencé à évoquer ce point il y a quelque temps, en comparant Facebook et un forum de discussion.

Le premier danger réside donc dans le caractère événementiel de Facebook. Outre les aspects purement sociaux (raconter sa vie au sens large), Facebook est particulièrement bien adapté à diffuser de l’information sur quelque chose de ponctuel : une manifestation quelconque, la parution de votre dernier article de blog ou un article intéressant de n’importe qui d’autre, une pétition, la parution d’un livre (A propos, cette vidéo-là n’est pas récente, mais elle reste géniale).

Il est en revanche totalement inadapté à l’élaboration d’une pensée un peu sérieuse. C’est un feu-follet. Il n’est pas adapté à la pensée un tant soit peu complexe ou profonde. C’est le lieu idéal de discussions de comptoir virtuelles, mais pas de cafés philo ou de conférences-débats. Il ne faudrait jamais y mettre de texte élaboré, ni de photos géniales. Pas parce que Facebook pourrait vous les piquer et les commercialiser (ou en tout cas pas seulement), mais parce que toute cette intelligence ou ce génie que vous aurez créé disparaîtra dans les limbes du site, enseveli à grande vitesse par toutes les communications insignifiantes.

Ce qu’il faudrait faire, c’est mettre votre intelligence et votre talent sur votre site, et n’utiliser Facebook (et les autres réseaux sociaux en ligne) que pour pointer vers votre site. Si vous souhaitez initier des réactions, faites en sorte que la discussion ait lieu chez vous, en commentaire de votre blog ou sur votre forum de discussion. Parce que si par malheur les commentaires étaient vraiment intelligents, sur Facebook, vous auriez le plus grand mal à les retrouver après quelques mois, et ils seraient de toute façon perdus pour les gens qui viendront sur votre blog. Sur votre site, blog ou forum, ces commentaires seront là où ils doivent être, sous l’article qu’ils commentent.

Je vais évidemment mettre un lien Facebook pour signaler cet article. Si vous voulez faire un commentaire de courtoisie (me féliciter pour ce beau billet ou pour mon teint resplendissant…), faites-le sur Facebook. Mais si vous voulez contredire, apporter une précision, un complément d’information, c’est sur le blog, à la suite de l’article, qu’il faut le faire. Qu’il faudrait le faire, plutôt, parce que depuis que 1000 idées a une page Facebook, le nombre de commentaires sur le blog diminue, alors que le nombre de lecteurs augmente : Facebook a augmenté la visibilité du blog, mais il a diminué sa qualité (parce que les commentaires ajoutent souvent à la qualité d’un blog).

En résumé, voici une première raison de remettre Facebook à sa place : l’intelligence y est perdue d’avance. N’y mettez que des photos basse résolution, des liens, des conversations de comptoir et de l’humour graveleux. Sur Facebook, il est intelligent de dire des conneries et idiot de dire des choses intelligentes.

Mais il y a d’autres raisons de remettre Facebook à sa place. Vous aurez remarqué que je ne dis pas « réseaux sociaux », mais « réseaux sociaux en ligne ». La première raison en est que les réseaux sociaux existaient bien avant Internet : un réseau social est un ensemble de personnes reliées par un lien social. Pas besoin de numérique pour ça, et d’ailleurs, je ne suis pas sûr que les liens sociaux les plus serrés et les plus solides soient en ligne. Une autre raison de remettre Facebook à sa place est qu’il est en train de changer la définition de notre vocabulaire, en le restreignant, ce qui est rarement un signe de raison, de progrès et de démocratie.

Vous aurez remarqué aussi que je m’évertue à dire « en ligne » et pas « sur Internet ». Il y a une raison à ça, et c’est peut-être la raison la plus importante de remettre Facebook à sa place : Facebook, ce n’est PAS de l’Internet.

Mais je parlerai de ça dans la deuxième partie, parce que c’est un peu long.

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Written by fabien

11 avril 2014 à 18:33

5 Réponses

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  1. Effectivement, c’est un très bon outil pour partager des liens avec pleins de gens ! Et j’imagine mal poster un billet entier de F. Lordon sur Facebook effectivement (personne ne le lirait !), au fait que penses tu de son dernier texte sur la monnaie européenne ?

    Anonyme

    11 avril 2014 at 19:25

    • Je ne désespère pas d’avoir le temps de le lire cet été 🙂

      fabien

      15 avril 2014 at 06:19

  2. J’ajoute: 1) tout ce qui est sur Facebook appartient à Facebook 2) Rien n’est effaçable de Facebook (c’est un leurre de le croire) 3) tout ce qui est sur Google est à Google (même les docs colaboratifs hyper sécurisés, qui se retrouvent accessibles via le moteur de recherche) 4) Rien n’est effaçable de Google (c’est un leurre de le croire)   Une pensée libre ne peut – ne doit – pas être aliénée. Penser c’est aussi faire acte de repentir et d’oubli. On choisit, on trace, dont on rejette et on élimine. Rien ne se fonde sans oubli. Rien de solide ne se fonde sans une certaine discrétion dans son élaboration. On peut aussi se dire que la pensée s’établit sur une certaine densité de la vie intérieure. « l’Amérique a aboli la vie intérieure » (Pascal Quignard).   Basgi, Jean-Joseph

    Jean-Joseph ALBERTINI

    11 avril 2014 at 20:44

    • C’est tout à fait juste, Jean-Joseph, mais ce type de danger a été largement évoqué partout. J’essaie plutôt de réfléchir aux effets pervers moins évidents mais plus profonds de ce genre d’outils, et de m’interroger sur cette idée qu’on pourrait entrer dans un monde techniquement totalement nouveau sans prendre le temps d’acquérir la culture correspondante, mais que tout se passerait bien quand même…

      fabien

      15 avril 2014 at 06:22

  3. […] vous avez lu le précédent billet de ce blog consacré à Internet, vous n’avez pas manqué de profiter d’un dimanche pluvieux pour regarder une des […]


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