1000 idées pour la Corse

1000 idées pour la Corse et pour le monde

Idée n°121 : jardiner, naturellement

with 8 comments

Moi, je voulais pas. Écrire un article sur le jardin au mois d’août, ça n’a pas de sens. Le jardin, c’est un truc de printemps. Mais ils ont insisté. Surtout Vannina. Plus qu’un article, même, elle voudrait une chronique régulière. L’avancée des travaux, le résultat des courses.

Le fond de l’affaire, c’est qu’on a récupéré un petit bout de jardin dans un coin des Lubiacce. Tard. Trop tard. En gros, on a commencé à y travailler sérieusement à la fin du mois de mai, quand le voisin avait déjà des plants de tomates d’un mètre de haut. Y’a Jean-Joseph. Y’a moi. Ca, c’est pour la main d’oeuvre active. Y’a Vannina qui vient faire semblant de travailler, des fois. Elodie qui vient récolter de la menthe pour ses mojitos. André a pris une photo, une fois. Laetitia donne des plants de son jardin à elle. Renaud qui nous a dégotté le lieu envoie une botte de foin abîmée de temps en temps pour les paillages.

On y pratique des méthodes naturelles, dans un lieu éminemment artificiel : un jardin. La réconciliation de la nature et de la culture, c’est là. Que dis-je, réconciliation ? L’alliance ! La symbiose ! Le plus beau, c’est que ça marche pas mal. Çà marche même très bien. C’est beau, ça produit de la nourriture saine, ça fait des jardiniers épanouis. Vannina a raison, on peut pas garder ça pour nous. Faut qu’on vous raconte.

Voici donc un début de chronique du jardin des Lubiacce.

Chapitre 1 : l’esprit du jardin

S’il fallait donc donner un qualificatif à ce type de jardin, je vous dirais bien que c’est un jardin naturel, mais ce serait faux. Un jardin, ce n’est pas naturel. Un jardin peut utiliser des produits naturels, des méthodes s’inspirant de la nature, il ne peut pas être naturel. La faute à l’Homo sapiens (ou pire aux Homo sapiens) qui le cultive(nt). Et si on cultive, il y a culture, et s’il y a culture, il n’y a plus tout à fait nature. Alors, s’il faut qualifier ce jardin, disons plutôt que c’est un jardin agroécologique.

Chacun fait évidemment ce qu’il veut dans son jardin, mais il me semble, dès lors qu’on s’occupe d’un petit bout de planète vivante, qu’il peut être pas mal de le faire dans un certain état d’esprit.

Ce qu’il y a de bien avec un jardin, c’est que ce n’est pas une exploitation agricole. Je veux dire par là que, bien qu’il soit intéressant d’en tirer le plus de production possible, sauf exception, on ne fait pas un jardin pour gagner sa vie. On peut évidemment l’envisager comme un moyen de faire quelques économies, mais l’intérêt est surtout de produire quelque chose qui ait un peu plus de sens que ce qu’on trouve sur les étals des supermarchés.

Et, vous dirais-je, même si vous entendez gagner un peu d’argent avec votre potager, je ne saurais trop vous conseiller de vous intéresser à des méthodes biologiques de type bio-intensive, et d’adapter ça avec deux ou trois techniques issues de la permaculture.

Quoi qu’il en soit, il est toujours possible d’essayer d’atteindre quelques objectifs dans un jardin. Par exemple :

En faire un havre de biodiversité : si ce n’est pas dans ces quelques dizaines de mètres carrés, dans le calme du soir, que l’on essaie d’apprendre à sauver un peu de vie, où et quand le fera-t-on ? Il faut bien constater qu’en général, l’action de l’Homme consiste à détruire la biodiversité, au point d’en venir à créer des réserves, des parcs naturels, pour protéger la nature de l’Homme. Le rêve de l’agriculteur conventionnel est de réduire la biodiversité à une seule espèce : celle qu’il cultive. L’agroécologie est la science des écosystèmes cultivés, où l’on cultive non pas malgré, mais plutôt avec, les autres formes de vie. Entre nous, ce n’est pas toujours facile, et on ne peut pas en vouloir aux agriculteurs qui ne s’y mettent pas, ils ont d’autres problèmes. Mais si nos jardins, où nos vies ne sont pas en danger si nous échouons, ne sont pas l’endroit où apprendre à faire autrement, si nos jardins ne sont qu’un lieu de plus de domination de l’homme sur la nature, alors jardiner n’a aucun sens.

Y protéger le sol : non seulement la fertilité du sol est fondamentale dans un jardin, mais c’est là que commence la biodiversité, dans la petite couche de sol qui est sans doute la partie de la planète la plus fondamentale et la moins bien comprise par Homo sapiens. Des milliers d’espèces de bactéries, de champignons, d’algues, d’invertébrés y réalisent depuis quelques centaines de millions d’années les équilibres qui ont permis que nous existions. Malheureusement, la plupart du temps, l’actions humaine, même dans de minuscules potagers, consiste à agresser le sol, à le labourer, à le laisser sécher au soleil, et à l’inonder d’eau aussi souvent que possible. Puis à le surcharger de fertilisants au printemps, parce qu’on l’a laissé épuisé à l’automne.;;;

Rendre tous ses éléments en meilleur état qu’on les a trouvés. Ceci inclut les plantes, les sols, les murs… et les jardiniers. Si vous ne quittez pas votre jardin plus heureux, plus détendu et plus savant que vous n’y êtes rentré, c’est sans doute que vous avez raté quelque chose.

Le sens de l’observation étant fondamental dans un jardin voici pour finir ce premier billet jardinier quelques photos de jardins conventionnels, et quelques photos du jardin des Lubiacce, en guise de jeu des 7 différences. Photos toutes prises aujourd’hui, 15 août…

Agroécologie Agroécologie 2 Agroécologie 3

Jardin conv Haricots conv. Sillons conv

Retrouvez tous les articles de 1000 idées pour la Corse.

Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons

Publicités

Written by fabien

15 août 2014 à 13:49

Publié dans En pratique

8 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Merci Fabien pour ces nouvelles fraîches, et pour ce bel article ! La santé va bien aussi apparemment. On va suivre l’affaire de près ! Toujours pas de tomates à ce que je vois mais comme tu le dis, on s’y est pris trop tard. Mais ce sera pas mal de voir comment se comporte le jardin avec ce décalage. Les saisons sont décalées aussi, non ? Ici je m’occupe des quelques plants de tomates dans un jardin « version Mabrouk' ». J’ai fini par savoir d’où venait ce mal mystérieux que j’avais repéré sur les fruits: une jolie petite punaise verte ! Le jardinier m’a renseigné depuis son escapade en antarctique. Pas de traitement, mais une chasse entomologique s’impose. Pas le courage pour ce genre de traque sous le cagnard, et dommage pour les « cuor di bue » que cet insecte pourrait s’abstenir de ponctuer, mais je me contenterai de cueillir le consommable, le délectable dirais-je. Je te souhaite une bonne semaine, et te dis à très vite à Corte pour la main d’œuvre active.   Amicizià, Jean-Joseph

    Jean-Joseph ALBERTINI

    15 août 2014 at 14:50

    • Si si, y’a des tomates. une variété rose, au goût très original, d’ailleurs. Mais ton mail ne fonctionne plus, apparemment, ainsi que toutes les adresses @univ-corse.fr, semble-t-il. En tout cas, ça me revient avec un message d’erreur.

      fabien

      15 août 2014 at 14:57

      • c’est beau cette correspondance verte et rouge, vos coeurs de boeufs qui vibrent H

        scarikohuglysse

        15 août 2014 at 22:32

        • O Scarico, tu tombes bien. Tu viendras voir ça de près à Corte. Je crois bien qu’on tient un prototype de jardin secssicarien ! Echelle humaine, principe de sobriété, écosystème en mouvement, avec un rôle majeur des adventices qui pour la plupart sont comestibles… Bref, tu es prié de te présenter avec ton compost, et tu ne repartiras pas les mains vides !

          Jean-Joseph

          16 août 2014 at 08:00

          • On ferait bien de mettre en commun nos compétences pour des projets jardino-urbanistico-artistiques un peu sérieux, tiens…

            Fabien

            24 août 2014 at 09:58

  2. Je pratique et partage… avec plaisir. 😉

    Cathy

    Anonyme

    17 août 2014 at 08:42

  3. Et alors ,il ne se passe plus rien au jardin des Lubiacce???
    Il me semble qu’une chronique se doit d’être régulière ,et nous attendons avec impatience la suite des événements.
    Pour infos, j’ai cueilli ma 1ere tomate rose ce matin, bien moins grosse que chez vous et surtout bien plus tardive, c’était pourtant les mêmes plants et j’ai planté avant vous!!le climat de Corte me semble plus favorable à la culture de la tomate que celui de Lumio!!!!!ou alors les jardiniers sont meilleurs?

    Mina

    mina

    24 août 2014 at 07:45

    • On va s’occuper de ton sol, tu verras la différence l’an prochain.
      On prépare d’autres articles, ça vient.
      (Sinon, oui, quand même, les jardiniers cortenais sont meilleurs :-))

      Fabien

      24 août 2014 at 09:55


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :