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Idée 134 : penser un modèle agricole

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Cette semaine, une annonce de liquidation d’un domaine agricole sur la plaine orientale a semé l’émoi sur la toile corse. 469 hectares d’un seul tenant, enfin, avec une route au milieu. Avec des rumeurs sur la constructibilité d’une partie du domaine (le nom qui circule est domaine Casabianca). Sur la pollution du lieu par des pratiques pas très écolos… Pardonnez-moi si je me trompe sur des détails, j’ai eu une semaine chargée.

Bref, le problème est simple : on se demande bien quel agriculteur, en Corse, pourrait avoir les moyens de répondre à cette offre. Et donc, quelle entité louche et nantie en fera l’acquisition, et avec quels sombres desseins. Furent proposées quelques idées de méthode de reprise, sans grande conviction devant l’ampleur du machin et la brièveté du délai proposé. Bref, pas loin de 500 hectares dont l’avenir est plus que douteux.

Je n’ai évidemment pas de solution à ce problème immédiat, mais l’événement me ramène à une vieille interrogation : comment se fait-il qu’en Corse, nous ne possédions pas quelque chose comme un éco-centre, comme celui de Terre Vivante, en Isère. Un lieu qui soit à la fois un espace de démonstration, de culture, et un lieu d’expérimentation de méthodes agricoles un peu audacieuses adaptées à la Corse. Quelques dizaines d’hectares ou un peu plus (469, ça sonnerait délicieusement bien, vraiment), dédiés à l’expérimentation, à la production, bien sûr, mais aussi à l’éducation, la formation… (le principe d’un tel endroit, bien conçu, est que vous amortissez les risques liés à l’expérimentation de nouveaux trucs, forcément mal maîtrisés, par la multiplicité des sources de revenus et la rigueur de la conception du lieu : allez voir du côté des modèles économiques de Sepp Holzer ou de la ferme du Bec Hellouin, pour voir qu’on peut faire de l’agroécologie qui fonctionne en utilisant les méthodes de conception de la Permaculture).

(Pendant que j’y suis. Si je dis : « faire de l’agroécologie en utilisant les méthodes de conception de la Permaculture », et pas « faire de la Permaculture », c’est parce que la Permaculture, c’est la méthode, et l’agroécologie, c’est un des résultats possibles de cette méthode. Mais on pourrait aussi bien utiliser les méthodes de conception de la Permaculture pour faire un formidable éco-quartier, ou un territoire en transition, ou n’importe quel système complexe et compliqué à mettre en œuvre impliquant des êtres vivants, des flux, une production. De la taille d’une jardinière ou d’une planète, peu importe, mais faut être un peu plus nombreux pour une planète).

Bref, il faudrait penser, pour cette fois ou pour la prochaine, l’acquisition de terres. Évaluer, de toutes les méthodes existantes et de toutes les entités en place, lesquelles seraient pertinentes dans une telle entreprise. Il faudrait penser l’organisation humaine (on me souffle que « démocratique » serait formidable, et, effectivement, faire d’un tel projet une expérience démocratique serait pas mal), il faudrait penser les méthodes à tester : de l’agroécologie à la robotique, en passant par la permaculture pour la conception du bouzin (je vous ai déjà dit que la Permaculture, c’est une méthode de conception ?). Plus largement, c’est tout le modèle agricole corse qu’il faudrait penser et tester : qu’est-ce qui pourrait fonctionner, qu’est-ce qui ne le peut pas ? Il y aurait de quoi faire tourner quelques cerveaux, occuper quelque mains et faire battre quelques cœurs (voilà que je parle comme un magazine de psychologie pour adolescents, maintenant).

Mais voilà, encore une fois, rien que pour essayer de lancer une discussion sérieuse sur un tel projet, nous ne disposons pas d’outils sérieux. Toujours pas de plate-forme collaborative, pas même un forum de discussion. Toujours les mêmes poussées inflammatoires sur Facebook suivies de rien…

J’écouterais mon côté optimiste, je tenterais bien de relancer un appel pour monter un tel projet de plateforme collaborative. Depuis ma dernière tentative, on a bientôt 1800 inscrit sur le groupe Facebook du Réseau Corse de Permaculture (à ce propos, Facebook ne sert pas à rien. Il sert à réunir des tas de gens qui ne savent pas comment s’y prendre pour avancer, mais ne savent toujours pas comment s’y prendre une fois réunis sur Facebook. Il est donc un outil à utiliser à son juste usage). Il doit bien y avoir 1 ou 2 informaticiens dans le groupe ou ailleurs et 3 ou 4 personnes motivées pour se lancer dans l’aventure. Avec les méthodes de conception de la permaculture (non, rien), un projet de départ bien délimité (définir un modèle d’agro-éco-centre pour la Corse), ça devrait pouvoir se faire.

Mais mon côté réaliste me dit de pas perdre mon temps. J’aimerais tant qu’on lui démontre qu’il a tort (genre, dans les commentaires ci-dessous, tiens, pour commencer).


 

Linguizetta

 

 

 

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Written by fabien

24 mars 2018 à 17:49

15 Réponses

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  1. Nous avons absolument besoin de terres agricoles et de jeunes agriculteurs pour assurer notre autonomie alimentaire. Espérons que les élus de la CTC vont nous montrer à cette occasion que nous avons eu raison de leur faire confiance!
    Cette situation est hautement symbolique et nous démontrera quel genre de société nous construisons, celle de la solidarité et du mieux vivre pour tous, ou, pour le pire, la confirmation que les appétits mercantiles sont plus forts que notre volonté de préserver cette île.

    Stella 2B

    24 mars 2018 at 20:39

  2. Créer très rapidement une association locale genre Terre de liens et racheter collectivement ce domaine, serait-il possible ?

    Tis

    24 mars 2018 at 23:56

    • J’avais vu à Festiventu un stand Terre de liens, je la connais, je la contacte

      Stella 2B

      25 mars 2018 at 04:57

      • Il n’y a plus de référent Terre de liens sur la Corse, j’ai envoyé un mail contact sur le site TDL, à savoir de quelle façon ils pourraient intervenir

        Stella 2B

        25 mars 2018 at 06:10

    • Voici la réponse que j’ai eue au sujet de Terre de liens
       » Le projet Terre de Liens n’a pas vu le jour en Corse. L’association AFC Umani avait organisé une rencontre avec Terre de lien ce qui a donné le programme Terranea (tu peux voir sur internet), donc le mieux serait de contacter l’association ou Jean François Bernardini, peut-être qu’il peut faire quelque chose. »
      A suivre….

      Stella 2B

      25 mars 2018 at 09:14

  3. Le délai est très court mais si vous êtes très motivés et efficaces vous pouvez peut-être y arriver. Près de chez moi en Limousin ils ont aidé un groupe de 11 jeunes à reprendre la ferme de la Tournerie ( 83 hectares).

    Vous pourriez peut-être aussi contacter les 326 paysans biologiques que l’Agence Bio recense dans son annuaire en Corse ?
    http://www.agencebio.org

    Tis

    25 mars 2018 at 08:19

  4. Au delà du sujet et de l’avenir incertain de ce terrain, merci Fabien pour cet article.
    C’est de la semence paysanne.
    Il positionne avec justesse la permaculture. Met à nouveau en évidence le besoin de liens structurés, de formations, d’un ou de lieux d’expérimentations.
    Entre la période « le sens de l’humus » et aujourd’hui, je constate, pour le moins, un bouillonnement prometteur, au sein des réseaux mais aussi dans la discrétion.
    Tes interventions ont incontestablement favorisé ces germinations.
    Je ne suis pas certain que la maturité soit suffisamment avancée pour incarner une proposition sur le domaine de Casabianca.
    Mais nous serons peut-être prêts pour la prochaine opportunité.
    Dans l’attente de bonnes nouvelles pour ton projet de doctorat.
    Amicalement.
    Christian Agostini.

    sylvanier

    25 mars 2018 at 15:14

  5. Attendre la prochaine opportunité présente un risque certain et mieux vaudrait agir rapidement si vous ne voulez pas que cela soit trop tard : https://www.rfj.ch/rfj/Actualite/economie/La-mafia-encaisse-toujours-plus-de-revenus-dans-l-agriculture.html

    Tis

    31 mars 2018 at 09:00

  6. Merci à tous pour vos réponses.
    Rebondir sur une telle situation est impossible si l’on n’est pas préparés.
    Or, nous n’avons rien à proposer (sauf à ce que la Collectivité de Corse ou une autre autorité réussisse un truc).
    Nous n’avons rien à proposer parce que nous n’avons rien préparé.
    Nous n’avons rien préparé pour des tas de raisons, mais l’une de ces raisons est que, même si nous le voulions, nous n’avons pas les outils pour nous organiser sérieusement, pour des défis d’une telle ampleur.
    C’est valable pour l’agriculture, pour les déchets, pour l’eau, pour les incendies, pour tout. Aucune action citoyenne collective efficace n’est possible sans outils pour l’organiser.
    Mais nous ne voulons pas de ces outils…
    Nous ne voulons même pas essayer d’y penser.
    Il n’y a pas cette première pierre, il n’y aura pas le reste de l’édifice.
    Tant pis pour nous.

    fabien

    31 mars 2018 at 10:13

  7. Comme l’a dit Stella la 1ère pierre a déjà été posée. C’est le programme Terranea qui existe depuis 2009 et se préoccupe de la souveraineté alimentaire de l’ile : http://www.afcumani.org/terranea.html
    L’ association Afc-UMANI compte à ce jour près de 4200 adhérents et donateurs du monde entier. Si on y ajoute les 1800 inscrits du Réseau Corse de Permaculture cela fait déjà un beau levier.
    Activer ces réseaux pour qu’ils transmettent le projet à leurs proches et écrire quelques articles dans divers journaux locaux et nationaux (Reporterre par ex.) pourrait vous faire réussir. Il suffit de faire le 1er pas…

    Tis

    31 mars 2018 at 13:25

    • J’ai trouvé que votre idée de contacter Reporterre, j’ai donc fait un copié/collé et leur ai tout envoyé en espérant qu’ils y trouvent du grain à moudre, voire aient une suggestion. S’il me vient une autre idée, après tout, même sans être directement impliquée dans le secteur, la citoyenne que je suis peut aussi s’impliquer, fut-ce très modestement..

      Stella 2B

      31 mars 2018 at 15:13

    • J’ai vraiment du mal à me faire comprendre, pourtant ce point est essentiel : le problème n’est pas de réunir des milliers de personnes, le problème est de les faire travailler ensemble (et encore un dixième du nombre suffirait) sur des projets complexes et innovants, et de faire monter tout ce monde en compétence. Là, les projets qu’on met en place réussissent deux ou trois trucs sympas mais sont très très loin d’être suffisants (il n’y a qu’à voir l’effet réel sur la démographie agricole : proche de zéro), et les gens s’épuisent souvent à les mettre en oeuvre.
      Il nous faut d’autres outils si nous voulons passez à d’autres dimensions, et il est NECESSAIRE de passer à d’autres dimensions.

      fabien

      1 avril 2018 at 11:48

  8. Je ne sais pas où vous en êtes mais personne ne fera le boulot à votre place.

    Il est possible de créer des GFA sans but lucratif pour sauver les terres de la spéculation et les caussenards ont montré qu’on peut réussir dans l’urgence. Actuellement la SC GFA Larzac (1206 ha) a des parts sociales à 152€ et peut même recevoir des dons :
    http://larzac.org/accueil/un-territoire-organise/gestion-fonciere/sc-gfa/
    Celles du GFAM Béarn sont à 50€ et permettent à tous les gens qui se sentent concernés de participer : http://www.gfambearn.fr/

    Tis

    12 avril 2018 at 09:02

  9. MErci Fabien : je te lis, je me calme, je me motive et j’apprends; je t’annonce déjà que je vais voler tes mots pour parler de la permaculture parce c’est bien dit, mieux que mes gesticulations facebookiennes; je suis tout d’accord avec toi. J e veux bien contribuer comme je peux avec ce que j’ai, c’est a dire ni des masses de savoir ni des masses de temps mais une grosse volonté d’echanges

    Sebastien Bonardi

    23 juillet 2018 at 21:40

  10. Perso je rêve aussi de ce type de projet !
    Il faudrait constituer un groupe « noyau dur » de personnes motivées et ayant du temps ou des compétences à offrir, créer des documents partagés par exemples avec les ressouces frama (framapad etc…), faire une premiere réunion pour cibler nos objectifs et les découper en sous actions realisables…

    Quand une idée n’avance pas c’est souvent parce qu’elle paraît trop énorme et qu’on ne sait pas par quelle bout la prendre, qu’il n’y a personne pour « leader » le projet, et que le projet n’est pas soutenu par les décideurs.
    A nous de remedier à ca !

    Bref, je suis partante !

    Emmanuelle vernay

    16 décembre 2018 at 10:50


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