1000 idées pour la Corse

1000 idées pour la Corse et pour le monde

Idée n°108 : tout dire à monsieur Valls

with 2 comments

Monsieur Valls, je vais tout vous dire.

Tout ce que je sais sur la Corse, je vais vous le dire. Vous l’écrire, même. Parce qu’avec votre air mauvais de torero qui s’est fait marcher sur le métatarse par une vachette insulaire, vous m’êtes sympathique, mais je ne suis pas sûr qu’il suffise d’avoir l’air méchant pour régler la situation en Corse. Je vais vous dire ce que vous savez déjà, ce que vous devriez savoir, et ce que vous ne comprendrez jamais. Je sais bien que ça ne sert à rien, que vous n’avez pas vraiment l’intention de régler le problème de la violence en Corse. Mais je vous le dis quand même, pour que vous ne puissiez plus prétendre que les Corses ne parlent pas et se complaisent dans la violence.

Vous savez déjà, je le sais, que nos voisins Italiens, qui ont à gérer en Sicile des problèmes de banditisme autrement sérieux et organisés que les nôtres, où les coupables se cachent dans une population vingt fois plus nombreuse que la nôtre, et qui n’ont pour combattre le crime qu’un état universellement montré du doigt pour sa faiblesse, ont des résultats autrement impressionnants que l’état Français en Corse, et que votre incompétence les fait bien rire.

Je sais que vous savez déjà que vos services de police, de gendarmerie, de lutte antiterroriste, vos juridictions spécialisées, sont tellement mauvais qu’on en rit depuis des années jusque dans les bandes dessinées parisiennes. Pour expliquer qu’un seul crime sur 85 ait été élucidé ces dernières années, l’excuse de l’omerta est un peu légère.

Je sais que vous savez, et je sais que vous savez que je le sais, que pas grand-monde dans cette île n’a les moyens de permettre à vos services incompétents de résoudre des affaires criminelles. Vous savez quoi ? L’omerta, en Corse, ça existe vraiment, mais c’est pas celle que vous croyez. Et ceux qui en sauraient assez pour vous éclairer sur les affaires criminelles de la Corse, j’ai dans l’idée que vous les croisez régulièrement dans les grands restaurants et les salons parisiens. Ils sont de votre monde, pas du mien. Pas du nôtre.

Je vous accorde, monsieur Valls, qu’il y a de la violence en Corse. Et beaucoup plus que vous ne le croyez. Ça, vous devriez le savoir, si vous vouliez vraiment faire avancer les choses sur cette île. Il y a la violence brutale, sanglante, médiatique, que vous combattez si mal. Mais si vous faisiez votre travail, vous sauriez qu’il y a une autre violence, en Corse.

Vous sauriez la violence quotidienne, celle que subissent vraiment les Corse, celle qui n’est pas spectaculaire, qui ne fait pas la une des journaux, qui écrase les bonnes volontés bien plus sûrement que la peur de la mort violente. La violence de ces jeunes sans avenir, la violence de cette société libérale que vous défendez, et qui, mêlée au népotisme, au clanisme traditionnel que jadis, l’état français a installé en Corse pour son intérêt exclusif, forme le cocktail social le plus explosif. Celui qui conduit certains de nos jeunes à verser dans l’autre violence, celle qui fait des taches sur le bitume et sur votre réputation de ministre de l’intérieur.

Vous ne comprendrez jamais la violence d’une société dans laquelle on demande à des familles de quitter avec armes et bagages leur logement au mois de juin pour laisser la place aux touristes. Vous ne comprendrez jamais la violence d’une île où les plus brillants parmi les jeunes diplômés renoncent à chercher un emploi, parce qu’ils ne sont fils ou fille de personne, tandis que les fils de quelqu’un se retrouvent propulsés aux postes les plus élevés sans avoir à démontrer la moindre compétence. Une île où des « people » viennent par dizaines, accompagnés de ministres, obtenir des services de votre état des dérogations au droit commun de l’urbanisme. Une île où la misère la plus crasse côtoie le luxe le plus insolent.

Une société dans laquelle l’hyperconsommation tient lieu d’horizon mental, la bétonnisation d’horizon physique. Une société où le blanchiment d’argent et la spéculation foncière tiennent lieu de modèle économique. Une société dont vous persistez à écraser la langue, la culture, l’histoire, le droit à l’avenir, tout ce qui pourrait constituer un semblant de valeur positive et fédératrice.

La violence d’une société où le plus consensuel des journaux se demande ce qu’il a bien pu dire de trop pour mériter que l’on mitraille sa façade, une société dont l’ancien président de l’assemblée territoriale ose dire qu’il ne faut pas rechercher les causes des assassinats. Une société où tout se sait, en réalité, où tout est écrit, même, mais dont le ministre de l’intérieur prétend ne rien connaître.

Une société à laquelle, régulièrement, on tente d’imposer l’inacceptable, un centre d’expérimentation nucléaire, un incinérateur géant, un plan de développement touristique pharaonique, n’importe quoi venu d’en haut, du gouvernement des people pour les people, une société qui a démontré lors de toutes ces occasions qu’elle possède une société civile dotée d’une conscience citoyenne, une société qui peut mobiliser plus de 15% de sa population dans une marche contre la violence, mais que vous semblez persister à voir monolithiquement vouée à une sorte de culte du sang primitif.

Non, monsieur Valls, si vos résultats sont si mauvais, ce n’est pas la faute des Corses. C’est celle du système, à l’échelle locale et globale, dont vous êtes l’un des principaux défenseurs et l’un des principaux bénéficiaires. Si des mafias prospèrent sur l’île, c’est aussi, vous diront tous les spécialistes, parce que les mafias prospèrent là où le pouvoir des états est le plus faible, et que ça vous arrange bien, en fait, que ces mafias soient chez nous plutôt que sur le continent. Alors monsieur Valls, continuez votre œuvre inutile parce qu’insincère, mais, de grâce, épargnez-nous les sentences définitives et les leçons de morale.

L'enquête corse

Retrouvez tous les articles de 1000 idées pour la Corse.

Sauf mention contraire, le contenu de cette page est sous contrat Creative Commons

Publicités

Written by fabien

7 mai 2013 à 10:17

Publié dans Sans classement fixe

2 Réponses

Subscribe to comments with RSS.

  1. Mr valls doit savoir que les français sont les meilleurs délateurs en40 ils ont été les meilleurs:juifs, resistants ont été gates.les corses n’ont livré aucun juif aux nazis.bel exemple.

    Paul Bartoli

    7 mai 2013 at 14:10

  2. « En Corse, on sait mais on ne parle pas » réaffirme le Ministre de notre intérieur, Monsieur Valls. Comme il semble détenir La vérité, pourquoi donc s’obstine-t-il à demander à la population de participer en dénonçant les auteurs de violences puisque ce peuple « ne parle pas » ?
    Et puis, avec les moyens techniques, scientifiques qui sont à sa disposition, il devrait trouver aisément ces voyous, ces assassins, ces mafieux. Comme partout, il existe des « balances » à la solde du plus fort ou des délateurs prêts à servir la bonne cause : qu’il s’en serve, qu’il fasse son travail ! Même en faisant table rase des affaires de corruptions politico-juridiques du passé (lointain ou actuel), même en oubliant les arrangements et autres magouilles connus ou imaginés des médias, de ses amis, de nous parfois : qu’il fasse ce pourquoi il a été désigné et qu’il nous RESPECTE !
    Décidément, nos personnalités politiques se suivent et se ressemblent…

    Patrice

    7 mai 2013 at 14:52


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :